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mardi 23 septembre 2008

Prix SNCF du polar : Voie de garage pour Chainas

Par Betty Poulpe
La loco de la démocratie a œuvré, les lecteurs ont voté et élu les lauréats de la sélection "Eté" du prix SNCF du polar (site) : "Tonton Clarinette" de Nick Stone dont j'ai dit tout le bien que j'en pensais ici même et A.W. Rosto avec "Ténèbres et Sang". J'en suis, de ces "lecteurs-votants" même si ça me réjouit de moins en moins. Je découvre, parfois, de bons auteurs, des polars bien ficelés, bref, le prix joue son rôle de "révélateur" de talents. C'était ma première motivation. En revanche, certaines choses fâchent. Déjà la sélection du printemps m'avait déçue et le vote encore plus : figurez-vous qu'un polar peut encore s'intituler sans rougir "les morsures de l'ombre". Trèèès original. Le contenu n'est pas en cause, simplement un titre pareil ne donne pas envie de soulever la couverture. Eh bien le voilà finaliste de la sélection "Printemps" (avec "l'otage", roman agréable mais dont je me demande encore pourquoi on le qualifie de polar). Puis la sélection "Eté", alléchante sur le papier s'est révélée décevante à la lecture. Sauf pour le Nick Stone et ... le "Versus" d'Antoine Chainas, sélectionné et éliminé par le vote.

Que je vous explique comment fonctionne le bazar. Vous avez une liste de livres, une sélection par saison, un temps donné pour les lire et ensuite vous votez selon 5 critères dont "écriture" et "originalité". C'est là que ça me fait mal. J'ai failli laisser tomber "Ténèbres et Sang" (encore un titre insignifiant) au bout de 6 ou 7 lignes tant le style du premier paragraphe était... agaçant. Alors pour le critère "écriture"... je repasserais. Je veux bien qu'on m'objecte que l'écriture de Chainas, est parfois... particulière. En fait, tout a été dit sur le style d'Antoine Chainas qu'il est génial et de le comparer derechef à Céline (si, si) et a contrario il est absolument indigeste, voire pire. Personnellement, même si je doute de l'emploi fréquent de nos jours de mots comme "lourde" ou "blaze", et trouve que parfois à trop vouloir en faire, c'est trop précisément, j'ai pris plaisir à le lire. Enfin, plaisir, comme quand on joue à se faire peur.

Ensuite, et c'est le côté croustillant, "Versus" et "Ténèbres et sang" abordent le même sujet, l'infanticide. Avec un angle très différent certes. Là où A. W. Rosto fait jouer les rouages bien huilés (cf Grangé ou Thilliez) et très en vogues du tueur atteint de mysticisme exotique, A. Chainas ancre son récit dans une horreur réelle et bigrement bien "documentée". Pour moi l'originalité est plutôt du côté de "Versus". Je reproche deux choses aux auteurs amateurs de tueurs illuminés : d'abord de se servir de l'alibi mystique pour s'aménager de confortables Deus Ex Machina abusant ainsi de facilités scénaristiques, ensuite d'introduire une forme d'éloignement qui frôle le leurre. Le lecteur peut se dire qu'un malade massacrant son prochain selon des rites incas ou mongols ou templiers, ne court pas les rues. Mais quand monsieur tout le monde est pédophile, que Madame tout le monde filme Monsieur avec l'assentiment de l'aîné de la fratrie, bref, qu'on plonge dans le glauque qui ressemble bizarrement à une dépêche AFP, il y a moins d'échappatoire. La sortie de secours est fermée. La réalité est frontale, brutale, moins facile à digérer. C'est peut-être ce qui a pénalisé Antoine Chainas. Un abus de réalité.

Si vous voulez découvrir l'univers d'Antoine Chainas, il est ici : http://zymansky.over-blog.com/

mardi 2 septembre 2008

"Tonton Clarinette" de Nick Stone -Gallimard Série Noire

Par Betty Poulpe

Max Mingus, privé du Sunshine State (Floride), pensait sérieusement ne plus avoir rien à perdre, surtout après huit ans passés en prison et une libération qui n'a pas vraiment la saveur qu'il espérait. Finalement, il se dit que partir pour Haïti, à la recherche du petit Charlie Carver, petit fils de milliardaire mais disparu comme tant d'autres enfants moins fortunés, l'aidera à se remettre en selle. Oui, mais Haïti n'est pas la Floride et Max qui croyait avoir déjà côtoyé l'horreur vient de tomber sur bien pire.

Un peu d'exotisme avec ce thriller qui fleure bon l'encens et le zombie. Tonton clarinette contient les ingrédients d'un bon polar : un privé (ex-flic bien sûr) à la dérive, si dur mais si humain, une intrigue bien menée avec son lot de rebondissements, des personnages truculents. Mais le plus de ce livre, c'est une description précise d'Haïti. Nick Stone offre en toile de fond la réalité atroce de cette île où une vie ne vaut pas grand-chose. Un milieu hostile plein de prédateurs (ex-Macoutes, religieux, militaires, n'importe lequel de vos voisins...), de misère, de maladies... où le vaudou semble être le seul refuge. Le décor soutient formidablement l'histoire, instillant ce qui pourrait lui manquait de noirceur, lui donnant son épaisseur. Et vous fait passer illico presto l'envie de plage et palmiers.



Le site de l'auteur :

jeudi 14 août 2008

"Haka" de Caryl Férey - Folio Policier

Par Betty Poulpe

Auckland, en Nouvelle-Zélande. Jack Fitzgerald est un peu maori, beaucoup flic, hors normes et souvent limite dans ses agissements mais c'est un bon flic. Sa femme et sa fille ont disparu, il y a 25 ans. Ça le hante, ça le détruit et détruit aussi quelques tronches qui ont le malheur de croiser Jack lors d'une de ses virées nocturnes sur les docks. Depuis 25 ans, chaque meurtre est l'occasion de ressasser le passé et de relancer une énième fois ses investigations sur la disparition de sa famille. Alors quand il se trouve face à ce cadavre de jeune fille au sexe scalpé, Jack passe à la vitesse supérieure et malgré les réticences de sa nouvelle collègue profileuse, se lance à corps (et esprit) perdu dans l'enquête. Et tant pis pour le reste.


Le Haka. Je connais ce chant depuis toute petite quand déjà je regardais les matchs de rugby des All Blacks. C'est un chant guerrier, violent. Il me foutait la trouille. Comme le roman de Caryl Férey que j'ai fini avec un nœud à l'estomac. De Caryl Férey j'ai lu "Raclée de verts" et j'avais été emballée. Puis j'ai lu "La jambe gauche de Joe Strummer" que j'ai aimé mais avec un sentiment d'inachevé. Comme si l'auteur était proche du meilleur sans toutefois y parvenir. Avec "Haka" j'ai eu le même sentiment. Le style met un peu de temps à s'installer avant d'être percutant même si quelques envolées lyriques gâche parfois un peu la lecture (je grogne encore devant "les écailles du Pacifique miroitaient sous la lune lisse"). L'intrigue, elle, monte en puissance, sans concession (c'est, je pense, la force de Férey, ce côté déjanté et sans concession), jusqu'à un final, je ne vous raconte pas. Non. Juste une précision, "Haka" n'est pas à mettre sous tous les yeux. Il vaut mieux aimé le noir. Bien serré.

mercredi 12 mars 2008

"De Cape et de Crocs"

Par Betty Poulpe

Série De Cape et de Crocs, 8 tomes parus (combien à venir ?), Scénario : Alain Ayroles, Dessin : Jean-Luc Masbou, coll. Terres de légendes, éditions Delcourt (couverture : Tome 8, Le Maître d'Armes).

Synopsis :
Don Lope de Villalobos y Sangrin, loup andalou et Armand Reynal de Maupertuis, renard gascon, se lancent à la recherche du fabuleux trésor des îles Tangerines, épaulé par Eusèbe, le valeureux lapin. Ils s'embarquent alors pour une aventure picaresque. Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère ?

De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée à mettre entre les mains de votre collégien si vous désespérez de ses dictées (ça se fait encore ?) emplies de sms.
De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée à mettre entre les mains de votre mari si vous désespérez de la pauvreté de son vocabulaire et de le voir lire un jour autre chose que l'Equipe.
De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée qui prouvera à Mamie que si, il y a encore des auteurs qui savent fort bien manier la langue et que la bédé n'est pas un genre mineur.
Pourquoi ? Parce que la particularité de De Cape et de Crocs, ce sont ses longues tirades en alexandrins. Parce que c'est la Tulipe Noire, Pardaillan, le Capitan, Dumas avec ses mousquetaires, Molière qui vivent dans ses cases. Parce que De Cape et de Crocs, c'est un dessin aussi subtil qu'une césure à l'hémistiche. Parce que dans De Cape et de Crocs, on entend le Loup, le Renard et la bel... le Lapin (pardon Eusèbe !) parler. Parce que... Parce que... Puis zut, diantre fichtre, vous n'avez qu'à lire !

Extrait du Tome 8, le Maître d'armes :

Le Maître d'armes :
Sentez-vous cet effluve infectant le zéphyr ?
Fi ! L'infâme fumet ! Je ne puis le souffrir !
Je flaire en de grands airs, sous une mine altière
Relents de chiens mouillés et parfums de tanière !

Armand Reynal de Maupertuis:
Parbleu ! Mais ! Il nous brocarde !

Le Maître d'armes :
Des outrages reçus mon ton reste en deçà :
Une odeur m'indispose, un lapin m'offensa,
Si j'ajoute à son trait ce musc de sauvagine,
C'est par deux fois, ce jour, qu'on flétrit ma narine !

Don Lope de Villalobos y Sangrin :
Si j'ai bien saisi... il dit qu'on pue ?

Armand Reynal de Maupertuis:
En alexandrins.