lundi 22 février 2010

"La vengeance du wombat" de Kenneth Cook - Editions Autrement (Littératures)


L’Australie. Terre souvent inhospitalière, infestée de bestioles en tout genre dans laquelle un écrivain mi-trouillard mi-curieux recherche l’inspiration. C’est le résumé sommaire d’un livre de 14 nouvelles où fourmillent les aventures rocambolesques d’un narrateur plus proche de Tarzoon la honte de la jungle que de Crocodile Dundee. 14 histoires finement écrites qui mettent en scène koalas, serpents, wombats, sangliers, buffles, requins s’abattant sur un écrivain englué dans des histoires à dormir debout, et contre lesquelles il n’aura pas même la force de lutter. Ciselée, au cordeau, chaque histoire déroule son implacable scénario avec un recul et une autodérision toute anglo-saxonne.

Kenneth Cook s’amuse manifestement de ses (??) déboires animaliers à la rencontre, au passage, d’Australiens bourrus et alcooliques pour qui la nature n’est qu’un vaste terrain de jeu face à l’ennui. On rit franchement de ces aventures-là, où le style à la fois précis et imagé, nous permet de ne pas perdre une miette de la descente aux enfers. On visualise les scènes, on frissonne parfois et on se sidère souvent de cette nature endormie en surface mais bien réelle lorsqu’on la côtoie de trop (trop) près. La meilleure place étant celle du lecteur, tranquille sur son fauteuil, même s’il vous prend l’envie d’aller regarder en dessous, des fois qu’une bête à poils puisse surgir… Pour votre malheur.

mardi 9 février 2010

"Les mille et une vies de Billy Milligan" de Daniel Keyes - Edtions Calmann-Levy



La dernière fois que j’avais entendu parler de Daniel Keyes, c’était dans ma prime jeunesse (ouuuh, c’est loin ma bonne dame !!!...) et la lecture de Des fleurs pour Algernon dont je revois encore la couverture en Livre de Poche. Patient. Hôpital. Souris. Cobaye. C’est ce qu’il m’était resté en mémoire… Alors forcément, retrouver l’auteur crapahutant autour d’un cas médical majeur n’était pas vraiment surprenant. En effet, ces 1001 une vies là, sont un voyage dans un pays que l’on n’imaginerait pas même en rêve.

Billy Milligan est un petit américain plus que moyen et depuis son enfance maltraitée, il trimballe une personnalité multiple composé de 24 « habitants » plus ou moins vivaces et présents dans sa vie de tous les jours. D’abord incrédule, parfois sceptique, le corps médical se range finalement devant le fait accompli : Billy n’est pas un et un seul. Billy est une multitude d’êtres s’appropriant son apparence, avec leur Histoire, leur enfance, leur force, leur faiblesse, leur violence, leur douceur… Selon son environnement, Billy et ses autres lui ont appris à apparaître et disparaître, à changer de voix, d’accents, de sexe et de talents. Physiquement. Intrinsèquement. Billy est un personnage de roman, fascinant, le malheur (pour lui) voulant qu’il ait réellement existé et que ses crimes présumés (viols, braquage) doivent être punis par une Justice américaine hermétique et aveugle à ses maux.

Autant le dire tout de suite, j’ai failli abandonner la lecture du livre au bout de 100 pages sur les 637 qu’il compte. Clairement partagé en trois parties, l’ouvrage débute par un descriptif médical et peu littéraire du cas Billy. A coups de rapports médicaux, d’approches nécessaires pour tenter de comprendre, de mettre au jour les différentes personnalités de Billy, Daniel Keyes se contente d’être un scribe méticuleux, ce qui peut le rendre ennuyeux. Puis le livre s’engouffre de façon assez maline dans la vie de son triste héros. L’auteur, qui est choisi par Billy Milligan et ses avocats pour raconter son histoire dans un ouvrage, fait ainsi vivre les différentes personnalités de ce malade comme des personnages indépendants, existants par eux-mêmes. Ils se parlent, se répondent, apprennent à vivre ensemble et à gérer leur cas. Tous deviennent comme familiers du lecteur qui les reconnaît instantanément à leurs tics de langage, leurs comportements et leurs frayeurs ou leurs bombages de torse. Tour à tour trouillard, intelligent, violent, séducteur, timide, petit garçon et même fille, Billy Milligan tente de s’en sortir par une thérapie qui demandera du temps pour passer de la dissociation à la construction d’un seul être. La troisième partie du livre mettra à mal toutes les bonnes volontés du monde. Celle de Billy, d’abord, puis celle des psychiatres qui tentent de lui redonner sa vie. La Justice, les peurs d’une société civile et médiatique, sont aux aguets. Elles drainent incompréhension, haine, démagogie politique et violence. Un schéma bien connu.

En s’impliquant dans ce livre, Daniel Keyes fait œuvre de défricheur de mystère. Il ne juge pas. Il a rencontré et écouté Billy Milligan se raconter lorsqu’il réussissait à être lui-même. Il a rencontré aussi les médecins qui ont tenté de le soigner, les infirmiers présents au jour le jour, sa famille… Le portrait fait est minutieux, sans misérabilisme, sans arrogance… Le parti pris journalistique rend le récit fluide et accessible. La simplicité du propos tranche singulièrement avec la complexité du cas. Ce n’est pas le moindre de ses tours de force, même si le livre peut sembler (un peu) long, parfois.

mardi 19 janvier 2010

... Dublin



... De passage quelques jours à Dublin, j'y ai croisé quelques fantômes... James Joyce et Oscar Wilde...

mardi 5 janvier 2010

"Vous plaisantez, Monsieur Tanner" de Jean-Paul Dubois - Editions de l'Olivier


Allez, qui aura fait appel à un plombier, un peintre, un électricien ou encore à un maçon sans cette petite boule dans le ventre, plus communément nommée inquiétude latente, à l’approche de la catastrophe, des angoisses et autres consternations à venir ? Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit dans le roman-autobiographique de Jean-Paul Dubois. Dès la mise en garde de la première page du livre, l’auteur annonce la couleur : il se met en scène, il change les noms des héros et la chronologie, mais ne travestie plus rien de la réalité à venir… Juste le temps de permettre au cauchemar de commencer.


Et pourtant tout débute de façon idyllique pour monsieur… Tanner. Il hérite en effet d’une bicoque d’un oncle éloigné. De lourds et coûteux travaux à effectuer, la revente de son actuelle maison à mettre en route, et tout devient possible pour rejoindre son palais qui va devenir celui des 1001 emmerdements dont il ignore encore tout. Déboulent alors chez lui les artisans… du désastre. Des installations, des réparations… du n’importe quoi au lamentable, les protagonistes s’en donnent à cœur joie pour rivaliser dans la folie propre à vous en glisser massivement dans votre bras en intraveineuse survitaminée. Tour à tour inconscients, incompétents, pieux, voleurs, menteurs, lymphatiques, grotesques, arnaqueurs, les bricolos du dimanche mettent du cœur à l’ouvrage pour tenter de convaincre le valeureux propriétaire que la catastrophe est impossible, ou qu’elle n’a aucune importance malgré les faits incontestables. Forcément, on est tenté de rire (jaune) aux élucubrations de ces professions qui recèlent de mauvaise foi. On s’accable des malheurs de monsieur Tanner. On compatit à son calvaire tendance chemin de croix qui tendrait vers une Lumière lointaine et hypothétique… On s’affole, aussi, ou on baisse les bras en s’imaginant ou en se remémorant nos propres aventures domestiques. Après avoir lu Vous plaisantez, monsieur Tanner, plus personne ne pourra faire appel à un plombier sans en avoir la chaire de poule.

lundi 28 décembre 2009

100 exemplaires, ça se fête (aussi) ?




Voilà, ça devait bien finir par arriver. Un chiffre rond. Tout rond. Depuis le 13 octobre dernier, j'ai vendu 100 exemplaires de mon 1er roman "Thomas s'en fout". A qui le tour ?

mercredi 16 décembre 2009

"Coco Chanel & Igor Stravinsky" de Jan Kounen


Casting : Anna Mouglalis, Mads Mikkelsen, Elena Morozova, etc.
Sortie en salle : 30 décembre 2009
Durée : 1h58

1920. Paris. Coco Chanel, qui vient de perdre son grand amour dans un accident de voiture, rencontre Igor Stravinsky, réfugié dans la capitale avec femme et enfants pour cause de révolution russe. La célèbre couturière propose au musicien qui n'est pas encore une gloire incontestée d’héberger tout son petit monde dans une maison aux abords de Paris, à Garches. La passion amoureuse et le besoin de création qui unira les deux peuvent alors commencer…

Le fiévreux réalisateur de Dorberman n’a pas fini de nous étonner après la controverse qui avait animé critiques et grand public lors de la sortie de son dernier film, Blueberry. Il rebondit dans le temps et nous propose aujourd'hui la livraison d’un nouveau film passionné où se croise le destin de deux figures du 20ème siècle. Jan Kounen réunit en effet deux acteurs principaux ô combien concernés : une Anna Mouglalis exceptionnelle en Coco à la fois sombre, sûre d'elle-même et indépendante et l'acteur Danois Mads Mikkelsen (Casino Royal…) tout en intensité, tiraillé entre sa famille, ses sentiments et la création musicale. Le film tisse une toile implacable des amours aussi brutales que puissantes d’un couple illégitime à la recherche des émotions et de leurs démons, en route pour leur mythe. Jan Kounen filme ses personnages avec une précision chirurgicale, en laissant toutefois toute sa place à la ferveur, aux corps, aux regards, à ces souffles saccadés, aux souffrances… aux silences.

Alors que ces enchevêtrements de sentiments transportent le couple adultère, la femme d'Igor (Elena Morozova, émouvante), amoindrie, malade, trahie, tente sauver ce qui peut l'être, ravalant sa fierté pour faire survivre sa famille et son couple. Les deux femmes savent, et Kounen laisse sa caméra régner en maître, subtile, sans manquer une miette des douleurs dans cette soudaine tragédie de la séparation non souhaitée. Là où le festival de la vérité prend le pas sur les non-dits enfouis, le réalisateur fait corps avec ses personnages. Il les scrute, les devine et les réinvente alors que la musique écorchée de Stravinsky transcende les sentiments de la plus belle des façons tandis que celle de Gabriel Yared s'imbrique subtilement dans les atmosphères laissées vacantes.

C’est l'un des tours de force du film qui hypnotise le spectateur. Dans cette villa, les personnages s’observent, se chassent et se cachent dans un huis clos à la monotonie et à l'habitude feintes. C’est au gré de cet amour interdit, que Coco et Igor trouveront l’énergie et l’inspiration créatrice, chacun dans son domaine. Le parallèle est saisissant, décliné, passionnant : l’une est en route pour la gloire encore un peu plus planétaire avec son parfum Chanel n° 5 alors que l’autre œuvre à sa légende de musicien, jour après jour derrière son piano accompagné de multiples alcools.

Jan Kounen jongle admirablement entre Histoire et histoire, revisite la relation peu connue entre les deux génies et s’adonne à une mise en scène éblouissante qui prend son temps quand il le faut et s'enfièvre ensuite dans des mouvements magnifiques (ne ratez sous aucun prétexte la scène d’introduction qui reprend la Première huée du Sacre du printemps !). Un film sombre, mais lumineux. Un film violent, mais sensuel. Un film habité, mais libre… A l’image de ses protagonistes : beau et grand.


vendredi 27 novembre 2009

"Tijuana City Blues" de Gabriel Trujillo Munoz - Editions Les Allusifs

Elle est loin l’image d’Epinal d’un Mexique balnéaire à tendance touristique dans Tijuana City Blues de Gabriel Trujillo Munoz. Surtout lorsque l’avocat Morgado, plus habitué à défendre les droits de l’homme dans son pays, se retrouve irrémédiablement embarqué dans une enquête où il aura à remonter le temps. Celui où, en 1951, un homme a disparu dans la nature après que l’écrivain américain William S. Burroughs lui demande de transporter un paquet plus que douteux jusqu’à Tijuana. Le fils de cet homme disparu voudrait aujourd’hui en savoir plus. Bien plus.

Dans ce court roman, l’auteur allèche et appâte le lecteur en mélangeant l’Histoire littéraire (Burroughs en meurtrier accidentel de sa femme, véridique…) et le Mexique d’aujourd’hui, loin des clichés. Trujillo Munoz accompagne sans fioritures l’enquête minutieuse de l’avocat Morgado à coup d’archives et de photos jaunies. Dans cette enquête poussiéreuse, le livre s’arrête parfois subrepticement sur les contentieux humains et historiques du Mexique et de son incontournable et puissant voisin : les Etats-Unis. Tijuana, à la frontière, est symptomatique d’un mal de vivre, de l’égarement d’une population aveuglée et étouffée par les lambris et la condescendance de l’Amérique. Mais Tijuana City Blues, c’est surtout une enquête somme toute classique, loin du style foisonnant de la littérature sud américaine, menée lentement sous la chaleur d’un pays aux prises avec l’un de ses démons, la drogue. L’histoire se déroule sous nos yeux, limpide, sans accroc et simplement. Trop simplement.

Chronique réalisée dans le cadre de l'opération Babelio Masse Critique