mardi 19 janvier 2010

... Dublin



... De passage quelques jours à Dublin, j'y ai croisé quelques fantômes... James Joyce et Oscar Wilde...

mardi 5 janvier 2010

"Vous plaisantez, Monsieur Tanner" de Jean-Paul Dubois - Editions de l'Olivier


Allez, qui aura fait appel à un plombier, un peintre, un électricien ou encore à un maçon sans cette petite boule dans le ventre, plus communément nommée inquiétude latente, à l’approche de la catastrophe, des angoisses et autres consternations à venir ? Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit dans le roman-autobiographique de Jean-Paul Dubois. Dès la mise en garde de la première page du livre, l’auteur annonce la couleur : il se met en scène, il change les noms des héros et la chronologie, mais ne travestie plus rien de la réalité à venir… Juste le temps de permettre au cauchemar de commencer.


Et pourtant tout débute de façon idyllique pour monsieur… Tanner. Il hérite en effet d’une bicoque d’un oncle éloigné. De lourds et coûteux travaux à effectuer, la revente de son actuelle maison à mettre en route, et tout devient possible pour rejoindre son palais qui va devenir celui des 1001 emmerdements dont il ignore encore tout. Déboulent alors chez lui les artisans… du désastre. Des installations, des réparations… du n’importe quoi au lamentable, les protagonistes s’en donnent à cœur joie pour rivaliser dans la folie propre à vous en glisser massivement dans votre bras en intraveineuse survitaminée. Tour à tour inconscients, incompétents, pieux, voleurs, menteurs, lymphatiques, grotesques, arnaqueurs, les bricolos du dimanche mettent du cœur à l’ouvrage pour tenter de convaincre le valeureux propriétaire que la catastrophe est impossible, ou qu’elle n’a aucune importance malgré les faits incontestables. Forcément, on est tenté de rire (jaune) aux élucubrations de ces professions qui recèlent de mauvaise foi. On s’accable des malheurs de monsieur Tanner. On compatit à son calvaire tendance chemin de croix qui tendrait vers une Lumière lointaine et hypothétique… On s’affole, aussi, ou on baisse les bras en s’imaginant ou en se remémorant nos propres aventures domestiques. Après avoir lu Vous plaisantez, monsieur Tanner, plus personne ne pourra faire appel à un plombier sans en avoir la chaire de poule.

lundi 28 décembre 2009

100 exemplaires, ça se fête (aussi) ?




Voilà, ça devait bien finir par arriver. Un chiffre rond. Tout rond. Depuis le 13 octobre dernier, j'ai vendu 100 exemplaires de mon 1er roman "Thomas s'en fout". A qui le tour ?

mercredi 16 décembre 2009

"Coco Chanel & Igor Stravinsky" de Jan Kounen


Casting : Anna Mouglalis, Mads Mikkelsen, Elena Morozova, etc.
Sortie en salle : 30 décembre 2009
Durée : 1h58

1920. Paris. Coco Chanel, qui vient de perdre son grand amour dans un accident de voiture, rencontre Igor Stravinsky, réfugié dans la capitale avec femme et enfants pour cause de révolution russe. La célèbre couturière propose au musicien qui n'est pas encore une gloire incontestée d’héberger tout son petit monde dans une maison aux abords de Paris, à Garches. La passion amoureuse et le besoin de création qui unira les deux peuvent alors commencer…

Le fiévreux réalisateur de Dorberman n’a pas fini de nous étonner après la controverse qui avait animé critiques et grand public lors de la sortie de son dernier film, Blueberry. Il rebondit dans le temps et nous propose aujourd'hui la livraison d’un nouveau film passionné où se croise le destin de deux figures du 20ème siècle. Jan Kounen réunit en effet deux acteurs principaux ô combien concernés : une Anna Mouglalis exceptionnelle en Coco à la fois sombre, sûre d'elle-même et indépendante et l'acteur Danois Mads Mikkelsen (Casino Royal…) tout en intensité, tiraillé entre sa famille, ses sentiments et la création musicale. Le film tisse une toile implacable des amours aussi brutales que puissantes d’un couple illégitime à la recherche des émotions et de leurs démons, en route pour leur mythe. Jan Kounen filme ses personnages avec une précision chirurgicale, en laissant toutefois toute sa place à la ferveur, aux corps, aux regards, à ces souffles saccadés, aux souffrances… aux silences.

Alors que ces enchevêtrements de sentiments transportent le couple adultère, la femme d'Igor (Elena Morozova, émouvante), amoindrie, malade, trahie, tente sauver ce qui peut l'être, ravalant sa fierté pour faire survivre sa famille et son couple. Les deux femmes savent, et Kounen laisse sa caméra régner en maître, subtile, sans manquer une miette des douleurs dans cette soudaine tragédie de la séparation non souhaitée. Là où le festival de la vérité prend le pas sur les non-dits enfouis, le réalisateur fait corps avec ses personnages. Il les scrute, les devine et les réinvente alors que la musique écorchée de Stravinsky transcende les sentiments de la plus belle des façons tandis que celle de Gabriel Yared s'imbrique subtilement dans les atmosphères laissées vacantes.

C’est l'un des tours de force du film qui hypnotise le spectateur. Dans cette villa, les personnages s’observent, se chassent et se cachent dans un huis clos à la monotonie et à l'habitude feintes. C’est au gré de cet amour interdit, que Coco et Igor trouveront l’énergie et l’inspiration créatrice, chacun dans son domaine. Le parallèle est saisissant, décliné, passionnant : l’une est en route pour la gloire encore un peu plus planétaire avec son parfum Chanel n° 5 alors que l’autre œuvre à sa légende de musicien, jour après jour derrière son piano accompagné de multiples alcools.

Jan Kounen jongle admirablement entre Histoire et histoire, revisite la relation peu connue entre les deux génies et s’adonne à une mise en scène éblouissante qui prend son temps quand il le faut et s'enfièvre ensuite dans des mouvements magnifiques (ne ratez sous aucun prétexte la scène d’introduction qui reprend la Première huée du Sacre du printemps !). Un film sombre, mais lumineux. Un film violent, mais sensuel. Un film habité, mais libre… A l’image de ses protagonistes : beau et grand.


vendredi 27 novembre 2009

"Tijuana City Blues" de Gabriel Trujillo Munoz - Editions Les Allusifs

Elle est loin l’image d’Epinal d’un Mexique balnéaire à tendance touristique dans Tijuana City Blues de Gabriel Trujillo Munoz. Surtout lorsque l’avocat Morgado, plus habitué à défendre les droits de l’homme dans son pays, se retrouve irrémédiablement embarqué dans une enquête où il aura à remonter le temps. Celui où, en 1951, un homme a disparu dans la nature après que l’écrivain américain William S. Burroughs lui demande de transporter un paquet plus que douteux jusqu’à Tijuana. Le fils de cet homme disparu voudrait aujourd’hui en savoir plus. Bien plus.

Dans ce court roman, l’auteur allèche et appâte le lecteur en mélangeant l’Histoire littéraire (Burroughs en meurtrier accidentel de sa femme, véridique…) et le Mexique d’aujourd’hui, loin des clichés. Trujillo Munoz accompagne sans fioritures l’enquête minutieuse de l’avocat Morgado à coup d’archives et de photos jaunies. Dans cette enquête poussiéreuse, le livre s’arrête parfois subrepticement sur les contentieux humains et historiques du Mexique et de son incontournable et puissant voisin : les Etats-Unis. Tijuana, à la frontière, est symptomatique d’un mal de vivre, de l’égarement d’une population aveuglée et étouffée par les lambris et la condescendance de l’Amérique. Mais Tijuana City Blues, c’est surtout une enquête somme toute classique, loin du style foisonnant de la littérature sud américaine, menée lentement sous la chaleur d’un pays aux prises avec l’un de ses démons, la drogue. L’histoire se déroule sous nos yeux, limpide, sans accroc et simplement. Trop simplement.

Chronique réalisée dans le cadre de l'opération Babelio Masse Critique

mercredi 25 novembre 2009

jeudi 12 novembre 2009

"La vérité sur Marie" de Jean-Philippe Toussaint - Editions de Minuit


Tout commence par la séparation des corps. Le narrateur de La vérité sur Marie a perdu Marie et son amour, croit-il. Séparé qu’ils sont depuis quelques mois, chacun des deux ex vit sa vie, à Paris. L’un est dans le lit de Marie, une autre Marie tandis que Marie (la vraie) est dans les bras de Jean-Christophe, un riche homme d’affaires propriétaire de chevaux de courses. Puis un soir, ce dernier s’écroule. Crise cardiaque. Il n’en faut pas plus à Marie pour rappeler le narrateur et qu’il accourt sous la pluie. Exit le premier tableau. Retour en arrière. Le trio est au Japon. Marie et son nouvel amant repartent pour Paris avec Zahir, un cheval de course suspecté de dopage. Dans les méandres de l’aéroport, l’animal s’échappe, court, titube, glisse, transpire, s’effraie… Puis est installé dans l’avion. Troisième acte, le narrateur rejoint la maison familiale de Marie, sur l’ile d’Elbe. Là, ils se retrouvent, se scrutent, s’observent, s’effleurent… pendant qu’un incendie ravage le club hippique tout proche. La boucle est bouclée. Reste à s’aimer.

Jean-Philippe Toussaint a ce don certain de rendre son écriture en apparence austère. Alors que l’on pourrait croire que ce style ne peut laisser suffisamment sa place à l’imagination, c’est en vérité tout le contraire qui se passe. Ce style précis et implacablement descriptif capte le lecteur, l’hypnotise tandis que les images se forgent dans la tête. A tenir si remarquablement bien son texte, l’auteur nous embarque dans son voyage à travers les êtres et surtout leurs âmes. On est miraculeusement emporté par les doutes, la mauvaise foi, la jalousie et la haine du narrateur ô combien compréhensible… On est aussi estomaqué par cette description sidérante et organique d’un cheval aux abois dans un aéroport de Tokyo, de nuit alors que l’on éprouve physiquement cette détresse de l’animal. On se prend enfin à subir la chaleur de l’Ile d’Elbe, à profiter du rafraichissement d’une simple baignade avant de se sentir sale de suie tandis que l’incendie fait rage. Puis le calme et l’apaisement reviennent. Et l’on se dit que ces trois parties du livre si différentes soient elles, n’ont qu’un unique but : marteler encore et encore que l’amour est perpétuellement bousculé, balloté, malmené… mais que sa flamme subsiste puisque nous ne sommes que maladroitement humain.