lundi 14 avril 2008

"L'erreur est humaine" de Woody Allen - Editions Flammarion


En entrapercevant la couverture jaune flamboyant du dernier livre de Woody Allen, la première pensée aura été de se demander si L’erreur est humaine n’était pas la réédition d’un ancien livre oublié. Vérification faite, non. Le maladivement new yorkais publie donc une série de nouvelles inédites (très courtes) où se côtoient, comme d’habitude, le drôle, l’absurde et des situations que le commun des mortels fuirait à toutes jambes. Très inspiré par l’actualité insolite et les faits divers (l’auteur lit beaucoup le magazine Times, très cité dans l’ouvrage), Allen rebondit sur des thématiques où il a visiblement décidé de mettre son grain de sel de sa patte la plus inimitable. Il malmène ainsi ses quelques démons de toujours comme la physique quantique, la philosophie, les pseudos écrivains à tendance maxi-intello, les producteurs véreux et les scénaristes à la ramasse ou encore les entrepreneurs du bâtiment (une vengeance personnelle ?), la vente de prières par Internet, Mickey Mouse et même les arracheurs d’étiquettes de matelas, de dangereux pervers. Avec tout ça, inutile de dire que les aficionados du névrosé réalisateur y retrouveront leur Maître dans toute sa splendeur.

Toutefois, il faut bien avouer que la mécanique bien huilée des textes laisse parfois un goût de monotone et de déjà vue pour qui connaît bien l’œuvre d’Allen, qu’elle soit cinématographique ou littéraire. On peut aussi reprocher dans cette traduction la présence d’énormément de références un peu obscures, faute d’explications de la part de l’éditeur. L’erreur est humaine est à mettre, quoi qu’il en soit, entre toutes les mains pour qui a envie de passer un (très) bon moment avec la rigolitude en bandoulière.

lundi 7 avril 2008

"L'affaire Jane Eyre" de Jasper Fforde - Editions Fleuve Noir

L’imagination au Pouvoir. Un leitmotiv qui serait probablement loin de laisser insensible cet écrivain gallois, Jasper Fforde, qui a décidé de mettre au service de la littérature sa folie naturelle. Car il faut bien le dire, l’homme ne semble plus avoir toute sa tête lorsqu’il met en scène Thursday Next, détective aux OpSpec, une unité spécialisée dans les traques du plagiat littéraire, du trafic d’éditions originales de livres ou encore dans l’irréfutable preuves que Shakespeare est le véritable auteur de… ses pièces. Dans le monde de Thursday Next, un autre monde, les Choses et la distorsion du Temps qui passent côtoient sans vergogne le farfelu et le délire.

Pour cette première aventure, l’auteur a placé son héroïne en bien fâcheuse posture. Cantonnée dans son habituelle et parfois monotone travail d’enquêteuse, elle se voit contrainte par la force de choses à opérer son grand retour dans la ville de son enfance et de ses premiers émois, Swindon. Là, entre un dangereux psychopathe candidat au poste de plus grand criminel de l’Histoire de la littérature, des parents à l’ouest, un oncle inventeur (la machine à gommer les souvenirs, la voiture caméléon, le papier carbone qui traduit dans une autre langue ce que l’on y écrit, la machine capable de reconnaître l’odeur d’un criminel, l’olfactographe, ou encore… les asticots correcteurs d’orthographe…), miss Next retrouve ses marques et son amour de toujours sur le point de se marier. Au final, une Thursday qui se trimballe suffisamment de casseroles psychologiques, lestée des poids du passé, pour justifier son besoin de folie.

De quoi déprimer ou dépasser l’entendement de la réalité avec une histoire où les personnages se voient transporter dans les pages des chefs d’œuvre de la littérature pour parfois en changer le cours, ou tout faire pour n’en rien modifier. C’est la mission qui incombe à ce détective jamais en jupon lorsque le terrifiant Achéron Hadès décide qu’il tiendra le monde en haleine avec le vol de l’édition originale de Jane Eyre de Charlotte Brontë dont il peut changer l’histoire à volonté. Une perspective insupportable pour le commun des mortels dans l’univers de fantaisie de Jasper Fforde. Thursday passera à l’attaque…

Mais dans ce foisonnement et cette originalité débridée, l’auteur cabotine un peu. On a parfois l’impression qu’il bombe le torse en vous faisant un clin d’œil : z’avez vu comme j’ai de l’imagination !!??. Alors, parfois, Fforde se perd un peu dans les dédales de son histoire, digresse à loisir en laissant paraître ses trucs, voire ses tics d’écriture avec un fin qui traîne en longueur. Mais on reste pantois, impressionné, par ce mélange de roman policier, de conte déjanté et de voyage pour l’anticonformisme. Un voyage en première classe.


Le site : Japser Fforde

mardi 1 avril 2008

Thomas VDB joue "En Rock & en Roll"

Thomas VDB, VanDenBerghe pour les intimes, est un Enfant du rock. Cet insolent chronique, journaliste rock et ancien rédacteur en chef de Rock Sound, investit une des petites salles du Théâtre du Temple à Paris pour son spectacle mi-poilant mi-indispensable : En rock & en roll. Depuis tout petit, affalé sur son lit de tout jeune homme, passionné par la vie de Oderus Urungus, chanteur de Gwar (hin ?), Thomas lit, scrute et décortique la presse musicale pour être… rock star. Mais parce que la guitare c’est trop long et dur à apprendre, il sera critique. Destin d’addict aux vinyles et à… Queen, l’homme raconte avec la tonicité d’un Iggy Pop survitaminé son épopée de journaliste aux prises avec les affres du rock, du pas rock et du rock, quoi .

On rigole franchement de sa subjectivité sournoise et assumée, de ses mimiques et de la complicité objective avec un public pas nécessairement dans l’obligation d’être un dictionnaire du rock ambulant. Revisitant à sa façon l’Histoire de la musique, faisant le tri dans nos égarements musicaux coupables, Thomas VDB s’amuse de lui-même en ironisant sur ses rencontres professionnelles. Jouant tous les rôles, il met en scène la vacuité et le sérieux navrant des similis stars tentées de se la raconter plus que de raison. Se mélangent ainsi les petites anecdotes entre amis où se côtoient rageusement les cadors du rock et les guitareux à la petite semaine… Jean-Louis Aubert, Glorious, AC DC, Corleone, Pete Best et Les Beatles, Johnny Hallyday, Tommy Lee et Mötley Crue, Marduk (!!??), Cali, Miossec… tous dans le rôle de la victime du Règlement de compte à OK Rock-al. Bref, une galerie de portraits présentée sans pincettes, un spectacle où il est urgent d’accourir jusqu’au 26 avril. Yeah !

C’est là que ça se passe : Théâtre du Temple, 18, rue du Faubourg du temple, Paris 11ème. Du mercredi au dimanche (18h45 le dimanche). Place : 20 euros – Tarif réduit : 15 euros. Tél. 01 43 38 23 26

Sites : thomasvdb.com et myspace.com/tomvdb

vendredi 28 mars 2008

"Bouche cousue" de Mazarine Pingeot - Editions Julliard

Mazarine. Il est des prénoms qui se suffisent à eux-mêmes… A peine prononcés, ils disent presque tout. Enfin le croit-on. Parce que longtemps, la fille (très) longtemps cachée de François Mitterrand n’avait œuvré qu’entre littérature malhabile et présence télévisuelle anecdotique. Avec la sortie chez Julliard en 2005 de Bouche cousue, la jeune femme décide de se livrer et de s’adresser à cet enfant qui naîtra prochainement… Parce qu’un jour tu ouvriras des livres qui parlent de lui. Avant que tu ne découvres ce qu’on a fait de cet homme, mon père à moi, je dois réveiller ma mémoire, et te protéger de notre histoire en clarifiant la mienne.

Au gré de ses vérités, Mazarine égrène une sensibilité de petite fille à la fois traumatisée par une situation hors norme, être un mystère de la République, et son bonheur de le voir, Lui, chaque soir assis au bord de son lit avant qu’elle ne s’endorme. Comme tous les pères. Qu’elle puisse enfin l’appeler papa sans craindre de trahir un secret si bien gardé. C’est cette émotion-là que distribue sans faux-fuyant Bouche cousue : cette capacité à rendre ce qui nous semble impossible, palpable, et notre imaginaire la concernant, quotidien. Mazarine raconte ses rêves de gamine peut-être déjà trop mûre pour conserver une certaine naïveté. Elle qui, si souvent, regardait jouer dehors de petites voisines sans qu’elle puisse les rejoindre, de peur de s’attacher à l’une d’entre elles et de Tout lui raconter. Ne pas s’approcher trop près de la réalité pour ne pas trahir un secret. Vivons un peu heureux, mais vivons cachés.

Et puis cet enfant à naître. Il faut vider son sac, se comprendre… mais s’affirmer aussi. Alors Mazarine raconte… elle raconte les lambris des Palais, ses week-ends à la campagne avec Lui installé dans un lourd fauteuil avec ses livres, le soleil qui réchauffe les âmes pour se sentir en famille, sa mère si farouchement amoureuse et secrète, leurs gardes du corps, l’école, l’adolescence, ses premiers émois pataugeants, son Amour, les regards sur elle, inquisiteurs ou compatissants, ceux qui lui veulent du mal, ceux qui croient lui vouloir du bien… l’hôpital, la maternité… la mort. Tout est sensible, honnête, à vif sur des plaies pas encore tout à fait cicatrisées. D’un voyage que l’on pensait celui d’une enfant très (trop) gâtée, on se pose au bout du compte sur des sables mouvants : des fêlures, des absences, un sentiment d’inachevé… Une universalité des manques, comme tout un chacun, en somme.

dimanche 23 mars 2008

"MR73", réalisé par Olivier Marchal

Par Betty Poulpe

... avec Daniel Auteuil, Catherine Marchal, Olivia Bonamy, Gérald Laroche, Francis Renaud... scénariste : Olivier Marchal, sortie France : 12 mars 2008,
site officiel : http://www.mr73-lefilm.com/

Louis Schneider, flic à la SRPJ de Marseille, est plus que fatigué, il est fini. Ses collègues, sa hiérarchie aimeraient en tous cas le croire. Ses rencontres avec la dive bouteille sont fréquentes. Une fois, deux fois de trop, il est lâché, écarté. C'est un fantôme du passé, Justine qui lui apporte la rédemption, l'occasion de partir en soldant les comptes.

Avec "MR73" Olivier Marchal, ex-flic passé du côté des salles obscures, met un point final à son tryptique initié avec Gangsters (2002) puis 36 Quai des Orfèvres (2004). Mais surtout il signe là un grand film noir, loin des adaptations vargassienne ou grangézophile (pour moi, le deus ex machina métaphysico-mystique n'a rien à faire dans un policier, quand je veux du fantastique je lis de l'heroïc fantasy). L'intrigue sert de prétexte pour montrer les blessures mortelles d'un homme, comme les autres, mais qui a accepté d'en chier en endossant sa fonction de flic. Daniel Auteuil est parfait, humble comme il sait l'être, à sa place. L'histoire est simple mais tous les efforts de Marchal se sont portés sur la psychologie des personnages, mis en valeur par une lumière très travaillée. Le tableau final est sombre mais très réussi et je lui pardonne volontiers les quelques excès de symboles (la pluie ça lave...) comme j'avais pardonné ses excès à Frédéric Schoendoerffer sur Truands. Le retour du noir français ? J'en rêve...


A lire : une interview de Daniel Auteuil dans et sur le site de Studio magazine de mars 2008 qui en dit long sur l'attachement du comédien au noir.

lundi 17 mars 2008

"Ni d'Eve ni d'Adam" d'Amélie Nothomb - Editions Albin Michel

Sans conteste, il existe un univers entre la Belgique et…. le Japon. Voire deux. Trois. C’est pourtant là qu’Amélie Nothomb, fille d’ambassadeur, a grandi. Dans un pays souvent incompréhensible, à mille lieux des préoccupations, des impatiences et des énervements occidentaux. Dans Ni d’Eve ni d’Adam, on retrouve donc Amélie âgée de 21 ans. De retour au pays du Soleil Levant après des années d’absence, elle cherche du travail parce qu’il faut bien manger. Elle opte pour les cours de français. Après avoir passée une petite annonce, elle rencontre Rinri, jeune étudiant de 22 ans en langue, aussi doué en français que Bernard Lavilliers interprétant Casse-noisette en tutu rose et ses quelques pointes à l’avenant.

Fils de notable, Rinri séduit peu à peu Amélie, à force de patience toute japonaise et de présence discrète. A la fois flattée, troublée mais aussi gênée, Amélie succombe à ses avances sans tout à fait lâcher la bride, sans s’abandonner véritablement, gardant cet infime degré de liberté et de lucidité qui lui murmure que quelque chose d’autre l’attend, ailleurs. A deux, ils travailleront, vivront et parcourront leur vie dans un ralenti serein fait de quelques non-dits, où la vie s’écoulera au rythme des saisons, des couleurs qui n’existent que là-bas et des envies. Pour son retour au Japon, Amélie retrouve ses sens qu’elle croyait jusque là endormis… Comme pour Proust et sa Madeleine, la narratrice voit ses papilles s’éveiller devant la nourriture japonaise et ses yeux s’émerveiller d’un pays qui lui a fondamentalement manqué. Perceptiblement, Amélie se (re)construit, s’isole, se confronte et prend conscience de son but ultime en comprenant qu’elle devra quoi qu’il en soit abandonner ce qui ne lui permettra pas d’être enfin ce qu’elle désire le plus au monde. Ni d’Eve ni d’Adam n’est ni un livre joyeux, ni un livre triste, il est de ceux qui trace les parcours, s’arroge le droit de ne pas convaincre, mais ressentir. Un livre à la fois léger et profond, qui se pose comme l’avis d’une future naissance. Celui d’Amélie Nothomb. Ecrivain.

mercredi 12 mars 2008

"De Cape et de Crocs"

Par Betty Poulpe

Série De Cape et de Crocs, 8 tomes parus (combien à venir ?), Scénario : Alain Ayroles, Dessin : Jean-Luc Masbou, coll. Terres de légendes, éditions Delcourt (couverture : Tome 8, Le Maître d'Armes).

Synopsis :
Don Lope de Villalobos y Sangrin, loup andalou et Armand Reynal de Maupertuis, renard gascon, se lancent à la recherche du fabuleux trésor des îles Tangerines, épaulé par Eusèbe, le valeureux lapin. Ils s'embarquent alors pour une aventure picaresque. Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère ?

De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée à mettre entre les mains de votre collégien si vous désespérez de ses dictées (ça se fait encore ?) emplies de sms.
De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée à mettre entre les mains de votre mari si vous désespérez de la pauvreté de son vocabulaire et de le voir lire un jour autre chose que l'Equipe.
De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée qui prouvera à Mamie que si, il y a encore des auteurs qui savent fort bien manier la langue et que la bédé n'est pas un genre mineur.
Pourquoi ? Parce que la particularité de De Cape et de Crocs, ce sont ses longues tirades en alexandrins. Parce que c'est la Tulipe Noire, Pardaillan, le Capitan, Dumas avec ses mousquetaires, Molière qui vivent dans ses cases. Parce que De Cape et de Crocs, c'est un dessin aussi subtil qu'une césure à l'hémistiche. Parce que dans De Cape et de Crocs, on entend le Loup, le Renard et la bel... le Lapin (pardon Eusèbe !) parler. Parce que... Parce que... Puis zut, diantre fichtre, vous n'avez qu'à lire !

Extrait du Tome 8, le Maître d'armes :

Le Maître d'armes :
Sentez-vous cet effluve infectant le zéphyr ?
Fi ! L'infâme fumet ! Je ne puis le souffrir !
Je flaire en de grands airs, sous une mine altière
Relents de chiens mouillés et parfums de tanière !

Armand Reynal de Maupertuis:
Parbleu ! Mais ! Il nous brocarde !

Le Maître d'armes :
Des outrages reçus mon ton reste en deçà :
Une odeur m'indispose, un lapin m'offensa,
Si j'ajoute à son trait ce musc de sauvagine,
C'est par deux fois, ce jour, qu'on flétrit ma narine !

Don Lope de Villalobos y Sangrin :
Si j'ai bien saisi... il dit qu'on pue ?

Armand Reynal de Maupertuis:
En alexandrins.