mardi 1 avril 2008

Thomas VDB joue "En Rock & en Roll"

Thomas VDB, VanDenBerghe pour les intimes, est un Enfant du rock. Cet insolent chronique, journaliste rock et ancien rédacteur en chef de Rock Sound, investit une des petites salles du Théâtre du Temple à Paris pour son spectacle mi-poilant mi-indispensable : En rock & en roll. Depuis tout petit, affalé sur son lit de tout jeune homme, passionné par la vie de Oderus Urungus, chanteur de Gwar (hin ?), Thomas lit, scrute et décortique la presse musicale pour être… rock star. Mais parce que la guitare c’est trop long et dur à apprendre, il sera critique. Destin d’addict aux vinyles et à… Queen, l’homme raconte avec la tonicité d’un Iggy Pop survitaminé son épopée de journaliste aux prises avec les affres du rock, du pas rock et du rock, quoi .

On rigole franchement de sa subjectivité sournoise et assumée, de ses mimiques et de la complicité objective avec un public pas nécessairement dans l’obligation d’être un dictionnaire du rock ambulant. Revisitant à sa façon l’Histoire de la musique, faisant le tri dans nos égarements musicaux coupables, Thomas VDB s’amuse de lui-même en ironisant sur ses rencontres professionnelles. Jouant tous les rôles, il met en scène la vacuité et le sérieux navrant des similis stars tentées de se la raconter plus que de raison. Se mélangent ainsi les petites anecdotes entre amis où se côtoient rageusement les cadors du rock et les guitareux à la petite semaine… Jean-Louis Aubert, Glorious, AC DC, Corleone, Pete Best et Les Beatles, Johnny Hallyday, Tommy Lee et Mötley Crue, Marduk (!!??), Cali, Miossec… tous dans le rôle de la victime du Règlement de compte à OK Rock-al. Bref, une galerie de portraits présentée sans pincettes, un spectacle où il est urgent d’accourir jusqu’au 26 avril. Yeah !

C’est là que ça se passe : Théâtre du Temple, 18, rue du Faubourg du temple, Paris 11ème. Du mercredi au dimanche (18h45 le dimanche). Place : 20 euros – Tarif réduit : 15 euros. Tél. 01 43 38 23 26

Sites : thomasvdb.com et myspace.com/tomvdb

vendredi 28 mars 2008

"Bouche cousue" de Mazarine Pingeot - Editions Julliard

Mazarine. Il est des prénoms qui se suffisent à eux-mêmes… A peine prononcés, ils disent presque tout. Enfin le croit-on. Parce que longtemps, la fille (très) longtemps cachée de François Mitterrand n’avait œuvré qu’entre littérature malhabile et présence télévisuelle anecdotique. Avec la sortie chez Julliard en 2005 de Bouche cousue, la jeune femme décide de se livrer et de s’adresser à cet enfant qui naîtra prochainement… Parce qu’un jour tu ouvriras des livres qui parlent de lui. Avant que tu ne découvres ce qu’on a fait de cet homme, mon père à moi, je dois réveiller ma mémoire, et te protéger de notre histoire en clarifiant la mienne.

Au gré de ses vérités, Mazarine égrène une sensibilité de petite fille à la fois traumatisée par une situation hors norme, être un mystère de la République, et son bonheur de le voir, Lui, chaque soir assis au bord de son lit avant qu’elle ne s’endorme. Comme tous les pères. Qu’elle puisse enfin l’appeler papa sans craindre de trahir un secret si bien gardé. C’est cette émotion-là que distribue sans faux-fuyant Bouche cousue : cette capacité à rendre ce qui nous semble impossible, palpable, et notre imaginaire la concernant, quotidien. Mazarine raconte ses rêves de gamine peut-être déjà trop mûre pour conserver une certaine naïveté. Elle qui, si souvent, regardait jouer dehors de petites voisines sans qu’elle puisse les rejoindre, de peur de s’attacher à l’une d’entre elles et de Tout lui raconter. Ne pas s’approcher trop près de la réalité pour ne pas trahir un secret. Vivons un peu heureux, mais vivons cachés.

Et puis cet enfant à naître. Il faut vider son sac, se comprendre… mais s’affirmer aussi. Alors Mazarine raconte… elle raconte les lambris des Palais, ses week-ends à la campagne avec Lui installé dans un lourd fauteuil avec ses livres, le soleil qui réchauffe les âmes pour se sentir en famille, sa mère si farouchement amoureuse et secrète, leurs gardes du corps, l’école, l’adolescence, ses premiers émois pataugeants, son Amour, les regards sur elle, inquisiteurs ou compatissants, ceux qui lui veulent du mal, ceux qui croient lui vouloir du bien… l’hôpital, la maternité… la mort. Tout est sensible, honnête, à vif sur des plaies pas encore tout à fait cicatrisées. D’un voyage que l’on pensait celui d’une enfant très (trop) gâtée, on se pose au bout du compte sur des sables mouvants : des fêlures, des absences, un sentiment d’inachevé… Une universalité des manques, comme tout un chacun, en somme.

dimanche 23 mars 2008

"MR73", réalisé par Olivier Marchal

Par Betty Poulpe

... avec Daniel Auteuil, Catherine Marchal, Olivia Bonamy, Gérald Laroche, Francis Renaud... scénariste : Olivier Marchal, sortie France : 12 mars 2008,
site officiel : http://www.mr73-lefilm.com/

Louis Schneider, flic à la SRPJ de Marseille, est plus que fatigué, il est fini. Ses collègues, sa hiérarchie aimeraient en tous cas le croire. Ses rencontres avec la dive bouteille sont fréquentes. Une fois, deux fois de trop, il est lâché, écarté. C'est un fantôme du passé, Justine qui lui apporte la rédemption, l'occasion de partir en soldant les comptes.

Avec "MR73" Olivier Marchal, ex-flic passé du côté des salles obscures, met un point final à son tryptique initié avec Gangsters (2002) puis 36 Quai des Orfèvres (2004). Mais surtout il signe là un grand film noir, loin des adaptations vargassienne ou grangézophile (pour moi, le deus ex machina métaphysico-mystique n'a rien à faire dans un policier, quand je veux du fantastique je lis de l'heroïc fantasy). L'intrigue sert de prétexte pour montrer les blessures mortelles d'un homme, comme les autres, mais qui a accepté d'en chier en endossant sa fonction de flic. Daniel Auteuil est parfait, humble comme il sait l'être, à sa place. L'histoire est simple mais tous les efforts de Marchal se sont portés sur la psychologie des personnages, mis en valeur par une lumière très travaillée. Le tableau final est sombre mais très réussi et je lui pardonne volontiers les quelques excès de symboles (la pluie ça lave...) comme j'avais pardonné ses excès à Frédéric Schoendoerffer sur Truands. Le retour du noir français ? J'en rêve...


A lire : une interview de Daniel Auteuil dans et sur le site de Studio magazine de mars 2008 qui en dit long sur l'attachement du comédien au noir.

lundi 17 mars 2008

"Ni d'Eve ni d'Adam" d'Amélie Nothomb - Editions Albin Michel

Sans conteste, il existe un univers entre la Belgique et…. le Japon. Voire deux. Trois. C’est pourtant là qu’Amélie Nothomb, fille d’ambassadeur, a grandi. Dans un pays souvent incompréhensible, à mille lieux des préoccupations, des impatiences et des énervements occidentaux. Dans Ni d’Eve ni d’Adam, on retrouve donc Amélie âgée de 21 ans. De retour au pays du Soleil Levant après des années d’absence, elle cherche du travail parce qu’il faut bien manger. Elle opte pour les cours de français. Après avoir passée une petite annonce, elle rencontre Rinri, jeune étudiant de 22 ans en langue, aussi doué en français que Bernard Lavilliers interprétant Casse-noisette en tutu rose et ses quelques pointes à l’avenant.

Fils de notable, Rinri séduit peu à peu Amélie, à force de patience toute japonaise et de présence discrète. A la fois flattée, troublée mais aussi gênée, Amélie succombe à ses avances sans tout à fait lâcher la bride, sans s’abandonner véritablement, gardant cet infime degré de liberté et de lucidité qui lui murmure que quelque chose d’autre l’attend, ailleurs. A deux, ils travailleront, vivront et parcourront leur vie dans un ralenti serein fait de quelques non-dits, où la vie s’écoulera au rythme des saisons, des couleurs qui n’existent que là-bas et des envies. Pour son retour au Japon, Amélie retrouve ses sens qu’elle croyait jusque là endormis… Comme pour Proust et sa Madeleine, la narratrice voit ses papilles s’éveiller devant la nourriture japonaise et ses yeux s’émerveiller d’un pays qui lui a fondamentalement manqué. Perceptiblement, Amélie se (re)construit, s’isole, se confronte et prend conscience de son but ultime en comprenant qu’elle devra quoi qu’il en soit abandonner ce qui ne lui permettra pas d’être enfin ce qu’elle désire le plus au monde. Ni d’Eve ni d’Adam n’est ni un livre joyeux, ni un livre triste, il est de ceux qui trace les parcours, s’arroge le droit de ne pas convaincre, mais ressentir. Un livre à la fois léger et profond, qui se pose comme l’avis d’une future naissance. Celui d’Amélie Nothomb. Ecrivain.

mercredi 12 mars 2008

"De Cape et de Crocs"

Par Betty Poulpe

Série De Cape et de Crocs, 8 tomes parus (combien à venir ?), Scénario : Alain Ayroles, Dessin : Jean-Luc Masbou, coll. Terres de légendes, éditions Delcourt (couverture : Tome 8, Le Maître d'Armes).

Synopsis :
Don Lope de Villalobos y Sangrin, loup andalou et Armand Reynal de Maupertuis, renard gascon, se lancent à la recherche du fabuleux trésor des îles Tangerines, épaulé par Eusèbe, le valeureux lapin. Ils s'embarquent alors pour une aventure picaresque. Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère ?

De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée à mettre entre les mains de votre collégien si vous désespérez de ses dictées (ça se fait encore ?) emplies de sms.
De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée à mettre entre les mains de votre mari si vous désespérez de la pauvreté de son vocabulaire et de le voir lire un jour autre chose que l'Equipe.
De Cape et de Crocs, c'est la bande dessinée qui prouvera à Mamie que si, il y a encore des auteurs qui savent fort bien manier la langue et que la bédé n'est pas un genre mineur.
Pourquoi ? Parce que la particularité de De Cape et de Crocs, ce sont ses longues tirades en alexandrins. Parce que c'est la Tulipe Noire, Pardaillan, le Capitan, Dumas avec ses mousquetaires, Molière qui vivent dans ses cases. Parce que De Cape et de Crocs, c'est un dessin aussi subtil qu'une césure à l'hémistiche. Parce que dans De Cape et de Crocs, on entend le Loup, le Renard et la bel... le Lapin (pardon Eusèbe !) parler. Parce que... Parce que... Puis zut, diantre fichtre, vous n'avez qu'à lire !

Extrait du Tome 8, le Maître d'armes :

Le Maître d'armes :
Sentez-vous cet effluve infectant le zéphyr ?
Fi ! L'infâme fumet ! Je ne puis le souffrir !
Je flaire en de grands airs, sous une mine altière
Relents de chiens mouillés et parfums de tanière !

Armand Reynal de Maupertuis:
Parbleu ! Mais ! Il nous brocarde !

Le Maître d'armes :
Des outrages reçus mon ton reste en deçà :
Une odeur m'indispose, un lapin m'offensa,
Si j'ajoute à son trait ce musc de sauvagine,
C'est par deux fois, ce jour, qu'on flétrit ma narine !

Don Lope de Villalobos y Sangrin :
Si j'ai bien saisi... il dit qu'on pue ?

Armand Reynal de Maupertuis:
En alexandrins.

jeudi 6 mars 2008

"Scènes de la vie d'acteur" de Denis Podalydès - Editions Seuil/Archimbaud

Entré à la Comédie française en 1997, l'acteur Denis Podalydès, frère de Bruno (Versailles Rive-Gauche, Dieu seul me voit, Le mystère de la chambre jaune, etc.), a la petite faiblesse des diplômés en philosophie : l'écriture. Ainsi, celui qui porte le numéro 505 sur la carte de Sociétaire de la vénérable maison, a-t-il depuis de nombreuses années noirci secrètement les pages blanches de ses cahiers. La publication de Scènes de la vie d'acteur est donc le résultat de la collecte et du tri de ses différents textes (39) relatant ses années de travail aussi bien au théâtre qu'au cinéma. Et ne boudons pas notre plaisir de lecteur, à découvrir entre les lignes le quotidien d'un acteur qui se définit lui-même comme ordinaire et classique dans le sens où il a souhaité dans cet ouvrage faire partager le quotidien d'un métier où les paillettes ne sont que la surface émergée du travail de préparation souvent long, fastidieux, angoissant et difficile, mais aussi jouissif…

Denis Podalydès nous promène donc avec son style académique, un peu poussiéreux parfois à l'image des vieux bâtiments qui l'accueillent, dans les incertitudes, les peurs, les pleurs, les petits riens, les joies, les triomphes et les affres de la vie de troupe… Il déambule également dans la vie d'acteur de cinéma ou dans son rôle de juge d'élèves acteurs avec son regard mêlé d'empathie, de rejet ou de consternation. Présentés sans souci chronologique, ces textes apportent l'éclairage de l'inconnu, une entrée par la petite porte, une vision objective dans un royaume de la tricherie assumée où plane en filigrane le fantôme d’un frère suicidé.

Pourtant, dans ce lot de vérités, l'auteur a opté pour le secret des identités et des actions qu'il relate. Malheureusement, pourrais-je dire. Car en tentant de gagner en universalité de la vie d'acteur, Denis Podalydès rend son livre également souvent impersonnel, lointain et quelques fois même antipathique. En changeant les noms des gens dont il parle, en travestissant les tranches de vie, il y a une sorte de détachement, un éloignement inexorable qui s'opère pour le lecteur que je fus alors que j'aurais sans doute aimé un livre plus libre, moins placé à l'aune de la contrainte de ne faire de mal à personne. Un ouvrage qui demeure toutefois une belle méditation sur un métier encore, quoi qu’on en dise, mystérieux.

vendredi 29 février 2008

"Les liens du sang" réalisé par Jacques Maillot

... avec Guillaume Canet, François Cluzet, Clotilde Hesme, Marie Denardaud… scénaristes : Jacques Maillot, Eric Veniard et Pierre Chosson - Sortie France : 6 février 2008.

On ne pourra jamais dire que le réalisateur Jacques Maillot encombre les salles obscures de ses œuvres. Point de nouvelles fraîches de l’homme depuis l’excellent Nos vies heureuses (1998) suivant de quelques années un court et moyen métrage impeccables présentés ensemble en salles en 1995 : 75 centilitres de prières et Corps inflammables. Depuis, rien. Alors évidemment, ce retour inattendu sur le devant de la scène avec Les liens du sang, un film au casting appétissant, ne pouvait laisser très longtemps insensible.

Et force est de constater que l’on ne ressort pas déçu de ces 1h46 de film qui met en scène deux frères. L’un est flic (Guillaume Canet) : droit, honnête… L’autre (François Cluzet) a été bandit à ses heures et vient de sortir de 10 ans d’emprisonnement pour meurtre. Le choc du retour, les plaies psychologiques béantes, les comptes sont à régler entre les deux hommes qui ne font qu’aviver et attiser chacun les braises de l’incompréhension. Sur fond de fin des années 70 cradingues, à l’image remarquablement choyée par un directeur de la photo inspiré (Luc Pagès), une caméra mobile et près des corps assiste en première ligne aux combats larvés que se mènent les héros d’une tragédie en devenir… Quand l’un tente la rédemption par l’illégalité, l’autre tentera de le sauver en flirtant plus que de raison avec le feu. Une courbe de vie qui s’inverse et c’est en mode majeur que s’entremêlent doutes, amour fraternel, reconnaissance, ingratitude et… fric. Une lueur d’un hypothétique bonheur, au loin, puis plus rien. Comme une impasse.