samedi 28 août 2010

"L'encombrant Mister Kitchen" de Charles Higson -Editions du Rocher (Thriller)


Cela pourrait être une journée comme les autres. A Londres, un matin... Lui, designer branchouille, friqué, drogué aristocratiquement et doté de la suffisance nécessaire pour considérer les Autres comme des moins que rien, a le réveil en fanfare. A son interphone, un certain Monsieur Kitchen vient lui racheter une voiture d'occasion. Le ton d'abord poli, mais sec, vient ensuite vite à monter en digression politico-sociale pour déraper sur... le meurtre de Monsieur Kitchen. Le temps d'émerger et de mettre le cadavre dans le coffre de la voiture et les ennuis peuvent (enfin) commencer...

Avec un sujet de départ aussi tonitruant et un humour anglais inimitable, on se croit sur les rails d'un livre qui va vous emporter sans coup férir vers un bon moment de lecture sans prise de tête. Ce n'est pas tout à fait vrai. Car même si le narrateur prend à témoin et interpelle le lecteur tout au long du livre de façon vive et amusante, les aventures rocambolesques du designer dans le rôle de l'arrogant qui cherche coûte que coûte à se débarrasser du corps de Monsieur Kitchen sont avant tout très répétitives.

Dans la surenchère perpétuelle, l'histoire nous trimballe chez l'ex sur le point d'accoucher, nous présente des caïds aux petits pieds, dresse un portrait peu flatteur de parents pot de colle ou stagne sur la recherche des employés insaisissables du designer. Reste à ajouter les accidents multiples et sanglants du designer et les invraisemblances qui accompagnent l'ensemble, et cette débauche d'inventivité scénaristique plombe une marche en avant qui peut parfois ressembler à une montée du col du Galibier en trottinette. D'autant, qu'au passage, le lecteur n'a pas d'empathie particulière pour ce meurtrier dépassé par les événements qui ne gère plus rien du tout, mais tente de s'en donner l'illusion pour s'en sortir. On trépigne un peu d'en finir avec ce personnage antipathique et ce livre qui aurait sans doute gagné à être un peu raccourci plutôt que tiré en longueur.

mardi 24 août 2010

"Un jour de mai" de George Pelecanos - Seuil Policiers


Mai 1972. Une journée à la con, trop chaude... Une journée à faire des conneries par désœuvrement. Une journée qui laissera des traces indélébiles. C'est ce jour où trois jeunes blancs roulent dans leur voiture pour faire du genre et débarquent dans le quartier noir de la banlieue de Washington. Un peu de provocation, un peu d'insouciance et un peu d'inconscience pour faire vibrer l'échine. Forcément, cela tourne mal. Un mort par balle, un fuyard, un marqué à vie sur sa chair, un meurtrier, des complices. Un procès... Puis le silence des années qui passent. Trente cinq ans plus tard, les héros malgré eux du fait divers sont des adultes. Père de famille, losers, médecin, homme d'affaires... chacun des protagonistes a tracé sa route à l'aune du drame, avec cette séquelle dans la tête, cette envie d'en découdre, d'en finir avec ce poids mort qui les hante malgré tout, malgré les apparences.


George Pelecanos est de ces écrivains américains qui racontent brillamment l'Amérique par le petit bout de la lorgnette : ses fêlures, ses errements et ses luttes contre elle-même. Au travers du parcours de ses personnages, il brosse un portait précis du « petit » peuple, avec son histoire quotidienne qui fait l'Histoire de l'Amérique des dernières décennie. L'auteur nous ballade visuellement entre les années rock n'roll et les années disco, entre communauté et individualisme, entre Vietnam et guerre d'Irak, entre délinquance et rêve américain, entre descente aux enfers et rédemption, entre riches et classes moyennes, entre lutte et abandon... Pelecanos a parfois cette naïveté agaçante, toute américaine, que les choses doivent nécessairement s'arranger parce qu'il faut avancer, que la force de son pays réside dans sa capacité à cautériser les plaies pour être un Homme presque neuf qui sauvera son âme plus tard devant ses Juges. « Jour de mai » est un plongeon dans une Amérique loin des strass et des paillettes, qui vit sa quête du meilleur avec cette douleur latente d'une envie de lendemain qui chante. Entre résignation et espoir, ce livre maîtrisé martèle sans cesse que rien n'est tout à fait définitif, que le happy end en technicolor est toujours possible... Toujours en empathie, on en sourit en coin avec le secret espoir qu'il ait raison.

mardi 10 août 2010

"Thomas s'en fout", le bilan...


Depuis le 13 octobre 2009, j'ai vendu en tout et pour tout 132 exemplaires de mon 1er roman « Thomas s'en fout ». Oh, bien sûr, ce n'est vraiment pas grand chose au regard de certains tirages pratiqués ou même comparé à des livres qui n'explosent pas les plafonds des ventes et qui vivotent à quelques centaines d'exemplaires.

Mais peu m'importe. En me lançant moi-même dans l'auto-édition et la création d'une auto-entreprise, je savais très bien que je ne pourrais aucunement concurrencer un circuit de distribution professionnel, ne pouvant que compter sur moi-même et la bonne volonté de certains pour faire de cette aventure quelque chose d'intéressant et de motivant. Et je n'ai pas été déçu à ce niveau-là.

Ce qui m'intéressait, aussi et surtout, c'était de pouvoir faire circuler mon texte auquel je crois (et j'y crois toujours !). Que des gens puissent le découvrir, le lire et bien évidemment l'apprécier.

Dans une immense majorité des cas, je n'ai pas eu de retour(s) sur ce que les lecteurs avaient pu penser de « Thomas s'en fout ». J'imagine que certains ne l'ont pas encore lu faute de temps et/ou d'envie, ou qu'ils n'ont pas souhaité me dire tout le mal qu'ils en pensaient, qu'ils n'avaient pas accroché ou que l'achat avait été fait uniquement pour me faire plaisir. C'est le jeu. En exposant mon « travail » à un public, mon histoire ne m'appartient plus. Elle voyage comme elle peut.

Et puis il y a eu des lecteurs qui ont lu le livre et me l'ont fait savoir. J'ai rougis parfois en lisant leur message ou en écoutant leur arguments. J'ai été surpris de leur attention, de leur souci de certains détails et de l'interprétation qu'ils ont pu donner sur certaines situations racontées dans le livre. Là où je pensais pouvoir les piquer au vif, je découvrais que leur attention s'était portée ailleurs, que ce qu'ils les avaient marqués était une phrase, un personnage, une scène, une réplique qui ne me semblait pas outre mesure appeler cette concentration. Comme je le dis plus haut, « Thomas... » ne m'appartenait plus.

Alors je me suis amusé à opérer quelques statistiques sur les ventes. Qui l'a acheté ?

Sur les 132 exemplaires vendus (au 10 août 2010), ce sont mes amis et les amis d'amis qui ont été les plus prompts à se procurer mon roman. A quoi servirait les amis, sinon ? Ils ont en effet été 29 à faire ma fortune, faisant ainsi profiter leurs propres amis de cette aubaine également à 29 reprises.

Mes collègues, ô valeureux collègues n'ont pas été en reste, menacés qu'ils étaient. Ils ont été 23 à passer au supplice de la caisse (13,80 euros, quand même), offrant au passage 2 exemplaires supplémentaires à leur relation ou famille.

La famille, justement. 6 membres ont participé en achetant « Thomas » pour eux-mêmes tandis que 19 amis de la famille ont eu la joie de recevoir l'ouvrage (merci merci merci merci à Brigitte, François et Yoann !).

Le cercle professionnel n'est pas en reste avec 11 achats (merci Facebook !!).

Enfin, l'univers du blog m'a permis de vendre 11 livres en tout, soit 7 pour des blogueurs ou ex-blogueurs et 4 pour leur relation. Puis 2 personnes-mystères dont j'ignorais tout avant leur achat du livre me l'on commandé.

J'ai également distribué 6 exemplaires gratuitement (ils ne sont pas comptabilisés dans les 132 exemplaires, bien sûr). 2 étaient destinés au cercle intime et 4 à des relations. L'idée était de faire voyager « Thomas ... » et peut-être envisager que ces exemplaires « presse » puisse faire l'objet de billet, post ou encore chronique ou simplement d'avis. Echec cuisant puisque ces exemplaires n'ont pas du tout circulés et seul un des destinataires à mis une photo du livre sur un coin de page de son blog. Les autres laissant la place à un oubli et à un silence polis. C'est leur droit. Il y a eu tout de même quelques avis publiés sur la Toile par des lecteurs, mais je vous laisse le loisir de les découvrir via un célèbre moteur de recherches.
Avec le système que j'ai adopté de l'auto-édition, on voit bien les limites fixées. A savoir qu'il est extrêmement difficile de sortir des cercles (familiaux, amicaux et professionnels) pour s'adresser à un public plus large. Mais je m'en doutais.

Voilà, en 10 mois la vie de « Thomas s'en fout ». Une belle aventure, disais-je. Prenante et enthousiasmante. Elle n'est d'ailleurs pas totalement terminée car, comme je l'ai annoncé, je participerai en novembre prochain en tant qu'exposant au 1er salon organisé par l'association SIEL de Paris. J'y présenterai mon livre mais surtout, j'y travaille, je présenterai mon nouvel ouvrage.

Une autre aventure débute, en somme... A bientôt, donc.

jeudi 29 juillet 2010

Objectif SIEL




Le week-end des 6 et 7 novembre 2010, l'Association SIEL de Paris organise son 1er salon indépendant des écrivains et des libraires. Il se déroulera dans le salon Belvédère de la Grande Bibliothèque François Mitterrand (Paris 13ème). L'accès sera libre pour le public. J'y serai. En tant qu'exposant. J'y présenterai en effet mon roman "Thomas s'en fout" mais également, je l'espère, mon prochain livre que je suis en train d'écrire. S'il est prêt. Alors, un p'tit coup de pub pendant l'été ne peut pas faire de mal. De toute façon, j'y reviendrai, vous vous en doutez bien...

mercredi 30 juin 2010

"Une histoire d'amour radioactive" d'Antoine Chainas - Editions Série Noire Gallimard



Organique. C’est tout de suite l’adjectif qui explose à la figure lorsqu’on lit Une histoire d’amour radioactive d’Antoine Chainas. Avec un titre à la con, le livre met en scène deux flics homos planqués de leurs collègues, drogués et amoureux d’un côté, et DRH, type convenu au travail accaparant, marié, père de famille, de l’autre… Au milieu de tout ça, des disparitions étranges de malades d’hôpitaux et cette curieuse femme mi-artiste photographe d’avant-garde mi-mante religieuse à la sexualité contaminante pour la vraie vie de tout un chacun. Virevoltant à chaque chapitre de l’un à l’autre des protagonistes qui semblent perdre toutes mesures des choses, les histoires personnelles et policières se déclinent dans une irrémédiable corrélation, avec une police de caractères différente, des fois que l’on s’y perde.

On plonge en apnée dans cette enquête plus qu’humaine où la crudité du sexe se mêle aux errances de personnages se révélant tels qu’ils sont ou voudraient être, ou ne sont pas. Voyage sombre et parfois glauque dans les arcanes des âmes à la ramasse à la recherche d’un îlot de survie, d’un soleil réchauffant, de cœurs compatissants et d’une renaissance, même trop brève. Antoine Chainas ne fait pas de quartier, il déroule son implacable plan en frappes chirurgicales qui instillent le malaise et les fonds de cale nauséeuses. Il scrute les derniers instants en posant sa règle : et s’il ne restait plus que quelques semaines à vivre, deviendrions-nous nous-mêmes, faisant exploser nos carcans et nos chaînes au mépris des convenances et de nos silences, voire de nos mensonges ?

Dans cette boue, il n’y a pas la grande foule pour surnager. Pas de fol espoir à l’horizon pour cette enquête au lyrisme amoureux parfois pompeux. En (très) digne représentant d’une nouvelle génération de polarïomane, Antoine Chainas lacère les corps de leurs incertitudes et engage le combat d’une littérature des tripes. Une littérature qui en a. Organique, disais-je.

lundi 14 juin 2010

"Le Parisien" de Thomas Lélu - Edtions Flammarion


Thomas Lélu est un homme à tout faire. Artiste, photographe… romancier. Dans le genre branchouille, le gars déambule quotidiennement dans la hype, entre gens qui comptent seulement pour eux-mêmes. Avec « Le Parisien », son troisième roman, c’est sa vie qu’il raconte. Celle où le lundi il se lève tard, petit déjeune, couche avec Chloé, déjeune, s’engueule avec Chloé, envoie des textos, croise Pierre, Paul et Jacques, prend l’apéro, couche avec Chloé, envoie des textos, dîne, va dans une soirée, picole, se ré-engueule avec Chloé, envoie des textos, rentre bourré, couche avec Chloé et s’endort. Le mardi pareil. Le mercredi pareil. Le jeudi pareil, mais on ajoute une avant-première au cinéma. Le vendredi pareil, mais on ajoute un vernissage. Le samedi pareil, mais on ajoute une visite familiale. Dimanche pareil, mais on ajoute une invitation à séjourner dans une (forcément) grande maison avec ces mêmes gens qui comptent. C’est triste, sinistre et emmerdant.

Et pourtant, de la part d’un auteur capable d’être hilarant ("Je m'appelle Jeanne Mass" et "Jacques Daniel Nick Oussama"), on pouvait raisonnablement s’attendre à plus de mordant et d’ironie bien sentie. Avec du recul, « Le Parisien » aurait sans doute énormément gagné à scruter une frange de population hors-circuit du quotidien des gens dits normaux. Se refusant (peut-être) à cracher dans la soupe, Thomas Lélu livre un journal d’auto-fiction rébarbatif qui voit se débattre comme elle peut une histoire d’amour impossible sur le mode on s’aime trop pour vivre ensemble. Fatigante posture qui phagocyte l’ouvrage alors que le reste fait trépigner d’ennui. Les soirées, les rencontres, les discussions, tout concourt à l’immobilisme, à cette infinie désolation d’Etres qui passent leur temps à être hors du temps, hors du monde et de ses contingences. Des vies qui tournent en rond. Comme tout le monde, au final ?

En décortiquant ces journées façon listing avec force détails, Thomas Lélu lorgne sûrement du côté de Brett Easton Ellis. L’auteur tente de donner corps au narrateur, le rendant tour à tour beau, con, cynique, incompréhensible, sensible, perdu, amoureux, affable, paresseux, invisible… insensible, fermé, obtus. Avec cette humanité, pourtant, le lecteur n’est quasiment jamais dans l’empathie. Dans ce manque flagrant de sentiment(s), on se dit que « Le Parisien », est un égarement, presque une facilité. Autant ses deux précédents romans étaient blindés d’imagination, autant celui-là traque le quotidien avec une morosité criante. La publicité nous aura menti : Le Parisien, il ne faut pas nécessairement l’avoir en journal.




vendredi 21 mai 2010

"Sévère" de Régis Jauffret - Editions du Seuil


Le lecteur est prévenu d’entrée. Dans ce livre, je m’enfonce dans un crime. Je le visite, je le photographie, je le filme, je l’enregistre, je le mixe, je le falsifie. Je suis un romancier, je mens comme un meurtrier. Avec Sévère, Régis Jauffret revisite à sa façon un fait divers ayant défrayé la chronique en 2005 avec l’assassinat par balles à Genève du financier Edouard Stern par sa maitresse lors de jeux sado-masochistes.

L’auteur s’est donc mis dans la peau de cette femme, criminelle, pour raconter leur vie à deux, leur vie cachée sous les lambris des gens beaucoup trop fortunés pour elle. Romancée, l’action est un va et vient permanent entre l’histoire de leur relation chaotique et la fuite (loin) de cette femme après son crime, comme libérée d’un fardeau. Elle aime cet homme, mais elle le tue. Elle l’admire, mais il la traite comme une moins que rien. Hypnotisée, elle tente de se défaire souvent de son emprise sans jamais y parvenir.

Régis Jauffret s’approprie cette histoire avec la douleur nécessaire, cette touche souvent juste d’enfermement, ce sentiment d’étouffement qui caractérise une histoire d’amour destructrice. Car quoiqu’on en dise, s’en est sûrement une… Ce vertige poignant se heurte à la réalité. Avec ce choc frontal, l’auteur prend à bras le corps son roman avec la sobriété des mots, la justesse dans l’effondrement et la retenue dans le jugement, délivrant les implacables séquences qui mèneront à l’inéluctable. Sans se cacher derrière son petit doigt, il appréhende cette folie irrémédiable avec un regard paradoxalement clinique et très maitrisé. Sévère est un roman juste qui raconte l’injuste. Parfaitement.