mercredi 28 avril 2010

"La commissaire n'aime point les vers" de Georges Flipo - Editions La Table Ronde


Il m’aura fallu quelques temps avant de me lancer dans la lecture de la dernière livraison de Georges Flipo, un livre dont je n’aime point le titre et qui trônait sur mes étagères… Mais comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, j’aime bien l’état d’esprit épicurien de l’homme au travers de son blog alors que ces deux précédents ouvrages (Qui comme Ulysse, Ce film va faire un malheur) m’avaient plutôt convaincu de poursuivre un bout de chemin littéraire en sa compagnie.

Et cette fois, l’auteur nous embarque du côté du polar. Pour nous faire marcher (courir), il invente Viviane Lancier, commissaire de son état, qui mène l’enquête autour de la découverte d’un sonnet dont Baudelaire serait l’auteur et qui sème la mort entre collectionneurs-spécialistes, SDF et familles étranges… Dans cette enquête tenue de bout en bout, Georges Flipo se régale manifestement à distiller ses informations policières avec la mise en scène d’une multitude de personnages. Peut-être trop, d’ailleurs, tant il m’est parfois arrivé de m’y perdre entre tous ces noms, bizarrement.

Ayant lu ici et là que le livre recelait de pas mal d’humour, j’avoue ne pas l’avoir perçu. Mais là où l’auteur se reconnaît, c’est dans cette facilité à parler des gens, à glisser ces détails qui façonnent ses personnages et leur donnent ainsi corps. Oh, bien sûr, on peut trouver très lassantes les sempiternelles préoccupations de Viviane sur son destin de femme au prise avec son régime alimentaire, mais une fois l’enquête resserrée autour de son déroulement, on se prend à ce jeu délicatement surannée et poussiéreux comme un fauteuil de l’Académie française. Bref, on ne s’ennuie pas sans être transporté par cette enquête de Viviane Lancier qui fait plutôt figure d’un Derrick en Charentaises que d’un Jason Bourne sous amphétamines. En tout cas, attendons la seconde enquête du Commissaire puisque ce livre inaugure le lancement d’une collection… L’auteur a même eu l’occasion de me dire personnellement (et oui, je connais du monde dans le chaud business) que la date de sortie avait été choisie. On saura alors si Viviane est bonne pour le service…

mardi 20 avril 2010

"La théorie du panda" de Pascal Garnier - Editions Zulma



Il est là, posé. Le panda. Il va traverser discrètement le livre de Pascal Garnier. Il accompagne du regard Gabriel, reste d’être humain au lourd passif affectif qui s’installe dans une petite ville de Bretagne. D’où vient-il ? Qui est-il ? Tout le monde s’en fout presque, mais pas tant que ça. A lui seul, il réinjecte ces petits soubresauts de vie avec cette quiétude triste dans un quotidien omniprésent. Gabriel croise les gens et s’immisce imperceptiblement dans leur espace : des femmes et des hommes ébréchés par le temps qui passe et sur lequel ils n’ont aucune prise. Subissant le banal de la vie comme des survivants… Pour les consoler, les amadouer ou les rendre heureux, il leur fait à manger, le plus souvent. Il le fait si bien.

Pascal Garnier écrit admirablement. Basant son récit sur la simplicité, il crée une empathie discrète, presque hypnotisante, pour des personnages apparemment sans relief lorsqu’on ne fait que les croiser : une hôtesse d’accueil dans un hôtel terriblement seule, un restaurateur épuisé et malheureux, un couple en sursis. L’auteur prend son temps, dissèque mine de rien les atomes crochus, les regards dans le vide et les silences. Il magnifie subrepticement le petit ordre des choses et s’adonne avec délectation à l’inerte pesant. La théorie du panda est de ces beaux moments rares qui mêlent avec justesse une certaine ironie du sort, la tristesse, le désespoir et la tragédie avec la volonté farouche d’être encore à hauteur d’Homme. Puis, en filigrane, l’auteur délivre au fil des pages quelques bribes d’explications, quelques clés sur le parcours de Gabriel. Son histoire. On comprend, trop vite peut-être, que le dénouement a son évidence, qu’il est écrit. Que la trace laissée par Gabriel est indélébile… Comme celle de Pascal Garnier, décédé en mars dernier.

vendredi 9 avril 2010

"Incidences" de Philippe Djian - Editions Gallimard


Il ne paie pas de mine, Marc. La cinquantaine assumée, donnant des cours d’écriture à l’université, il aime ses jeunes étudiantes. De près. De très près. De très très près. Un soir, ivre, il rentre chez lui en charmante compagnie pour se réveiller le matin aux côtés d’une morte. Panique ? Pas tant que ça, même s’il faut se débarrasser du corps. Si le début du livre respire l’humour noir anglais, détaché, on tombe vite dans l’étonnant aveuglement égotiste de Marc plus « auto-préoccupé » par ses relations ambiguës avec sa sœur, par son supérieur hiérarchique pot de colle ou encore par la mère de la jeune morte avec qui il noue une relation étourdissante.

C’est dans la chaleur d’un sud de la France que l’on imagine, que Djian fait suffoquer ses personnages aux prises avec le quotidien, le banal et l’ennui. Sans véhémence, sans peur ni sans ce soupçon de remords, le héros malgré lui déambule dans ses angoisses du lendemain avec la verve d’un animal en hibernation. Eteint, il croise le monde en redécouvrant parfois que son cœur peut se remettre à battre. Là, la promiscuité et les corps ne trichent plus, ils s’agrègent pour s’oublier et renaître. Djian maîtrise parfaitement ce ralenti, cette indifférence crasse où la vie ne se mène pas, elle se subie. Il triture la désinvolture tranquillement et s’adonne aux plaisirs malsains, mais réjouissants, d’une écriture lardée d’échardes qui fait passer brillamment de la stupeur du lecteur vers les inaccessibles contrée de personnages en lambeaux. Il y a ici comme un malaise perceptible, une chute effrayante qui ne peut que faire tout exploser sur son passage. Une bombe à fragmentation.

mercredi 7 avril 2010

Deux films : "Helen, autopsie d'une disparition" de Christine Molloy & Joe Lawlor et "Solutions locales pour désordre global" de Coline Serreau



"Helen, autopsie d'une disparition"

Ecrit, produit et réalisé par : Christine Molloy & Joe Lawlor
Casting : Annie Townsend, Sandie Malia, Dennis Jobling…
Nationalité : britannique
Genre : drame
Durée : 1h19
Sortie : 7 avril 2010

Quel voyage étrange que ce « Helen » coréalisé par Christine Molloy et Joe Lawlor. En 1h19 seulement, cet objet filmé pas tout à fait identifié débute par un envoûtant générique bercé d’une lumière douce et paisible au ralenti lascif et entêtant. Puis, au vif du sujet, le spectateur plonge dans la disparition inexpliquée d’une adolescente et l’enquête qui va avec… Mais voilà, le film ne s’attarde pas là. Trop facile. Il préfère suivre Helen, une jeune adolescente effacée qui prendra la place de la vraie disparue pour aider à la reconstitution policière du drame. On s’immisce dès lors dans des méandres aux relents du thriller cette fois philosophique. Les réalisateurs ont fait appel à des acteurs amateurs au jeu très scolaire pour un film semblant allier fiction et documentaire. Ils se focalisent sur l’absence d’identité et ce passé qui manque à cette orpheline, comme un trou béant dans son histoire qui n’existe pas. Ils prennent leur temps, suivent Helen dans la découverte de son contraire absolue pour se construire : une fille aimée de ses parents, bien dans ses baskets et accompagnée d’un petit copain.
De cette intimité là, ils nous emportent un peu perdu dans des plans séquences qui s’intercalent pendant que la voix-off, celle d’Helen, s’adresse à la disparue, s’interroge sur son propre sort et sur ses envies d’autre chose. Molloy et Lawlor s’adonnent à une réalisation résolument minimaliste malgré une musique omniprésente, matant du coin de l’œil Gus Van Sant façon « Elephant ». Dans cette déambulation parfois maladroite, il y a de quoi rester sur le bord de la route, coincé entre perplexité et ennui pour cette jeune fille en quête d’elle-même, qui marche dans les pas du malheur à la recherche de sa renaissance. Rien de tout à fait malsain dans ce premier long métrage, mais cette ambition juste prégnante que le vide ne demande qu’à se combler d’humanité.



"Solutions locales pour désordre global"


Réalisateur : Coline Serreau
Durée : 1h53
Nationalité : française
Genre : Documentaire
Sortie : 7 avril 2010

Allo, la terre ?! C’est à un retour au pas de charge vers la terre nourricière que Coline Serreau (« Trois hommes et un couffin », « Saint-Jacques… La Mecque »…) nous convie dans son documentaire. Parcourant le monde (Inde, Afrique, Amérique du Sud, Ukraine… France), la réalisatrice est en effet partie à la recherche de ces gens qui chaque jour travaillent à leur modeste échelle à ce que l’agriculture ne soit plus le cobaye consentant des laboratoires, des produits chimiques et des groupes industriels qui l’ont saccagée ses 70 dernières années.
Film clairement militant à l’heure où la taxe carbone à la française tombe aux oubliettes et que le Sommet de Copenhague n’est plus qu’un lointain souvenir, « Solutions globales…. » trace un sillon salvateur et motivant à la rencontre de chercheurs, d’agriculteurs, d’associations, de fondations, de philosophes… Ils fournissent un éclairage sérieux, ludique et plein bon sens sur ce qui pourrait faire simplement changer les choses : ne pas tricher avec la terre en lui injectant des substances qui pollueront non seulement ses productions mais aussi qui hypothèqueront l’avenir de l’humanité en matière alimentaire. Malgré un constat aux relents apocalyptiques, le documentaire propose des solutions étonnamment communes d’un continent à l’autre. C’est avec l’espoir et les convictions d’une avant-garde que Coline Serreau met en scène son message : Retroussons-nous les manches, à notre niveau ! Petits champs deviendront grands… Le film essaime les bonnes volontés pour la bonne cause, mais cela suffira-t-il… Une révolte ? Non, sire, c’est une révolution (à faire).

jeudi 25 mars 2010

« Ne vous retournez pas » de Maud Tabachnik – Albin Michel


Autant le dire tout de suite, je ne suis pas un lecteur habituel de thriller. En me lançant dans le dernier roman de Maud Tabachnik par la grâce de l’opération Masse Critique de Babelios, je n’avais pas d’a priori mais l’envie de découvrir encore un peu plus un genre de littérature éloigné de mes goûts. Peine (un peu) perdue. Car suivre les aventures de Stan Levine, flic brillant mais détruit par l’assassinat de sa fille alors qu’il était en poste à New York, c’est comme compulser négligemment le catalogue des clichés. En réunissant sur 441 pages une chasse au tueur psychopathe invisible et une psychologie familiale ras du sol sur fond d’attentats de terroristes islamiques, l’auteur français sur-joue sa plume aussi légère qu’un motoculteur, et se veut plus américain que les américains.

Dans ce mélange d’imaginaire et d’Amérique fantasmée, le lecteur voit se succéder un enfilage de perles en règle : flics à la ramasse, musulmans forcément louches, tueur cruellement cruel, affaire de famille éprouvante… Rien ne nous est épargné, de la torture effroyable à la réconciliation risible des amours perdues en 20 lignes, en passant par les ressorts d’une enquête qui tiennent sur un demi-timbre Poste… Avec des chapitres courts, les histoires et les personnages se superposent et se recoupent banalement jusqu’au dénouement final aussi surprenant qu’un retard de train à la Gare Montparnasse. Au pas de charge, Maud Tabachnik veut reconstituer son puzzle sans traîner. Même si l’ensemble est vif et nerveux, ce grand tout se dilue dans des soubresauts qui me sont étrangers. L’impression d’avoir déjà vu ça 100 fois. Au cinéma.

lundi 8 mars 2010

"The Ghost writer" de Roman Polanski


Casting : Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall, Olivia Williams…
Durée : 2h08
Genre : Thriller

Un peu d’Hitchcock, un peu de thriller, un peu de paranoïa, un peu de (géo)politique, un peu de complot, un peu (beaucoup) d’humour : un film de Roman Polanski. The Ghost Writer signe le retour en grâce du réalisateur sur le devant de la scène cinématographique autre que celle de la justice. Dans un scénario étouffant qui voit l’étau de la vérité se resserrer inéluctablement, un écrivain en mal de succès public s’adonne pour la modique (sic) somme 250 000 dollars à la réécriture des mémoires mal fichues d’un ex-premier ministre britannique. Jusque là, rien de bien inquiétant sous la pluie continue d’une île hostile qui accueille le nègre avec l’enthousiasme d’un névropathe dans un congrès de clowns. Mais son prédécesseur, , et ex-bras droit du Prime minister, a été retrouvé noyé tandis qu’un impitoyable puzzle politico-guerrier se constitue sous ses yeux peut-être encore trop naïfs.

Dans le rôle du Ghost Writer, McGregor fait merveille. Séduisant, drôle, le tif hirsute et la dégaine de l’écrivain fatigué tout à son nouveau travail d’enquêteur trop curieux, l’acteur affronte un Pierce Brosnan, tout en cabotinage, qui peine quand même à convaincre en ex-locataire pendant dix années du 10, Downing Street. Même si la réalisation fait dans le classicisme sans effet de manche, elle est vive, fluide et inspirée, trimballant le spectateur entre faux-semblants et fausses pistes alléchants. Le scénario distille au passage quelques échanges drôles et des considérations bien senties sur les relations américano-britanniques plus qu’étroites de ses 60 dernières années. Et si le montage semble parfois chaotique (Polanski a-t-il eu tout le temps de s’y consacrer ?), Ghost writer renoue avec un cinéma d’enquête du gars tout seul contre le monde en bravant sans coup férir l’écueil de l’ennui. A farfouiller dans les recoins mal famés de la CIA et de la politique, le réalisateur offre au spectateur une plongée là où pourrait se confondre les méchants gentils et les gentils méchants. Ou l’inverse. Du Polanski tout c(r)aché, en somme.




lundi 22 février 2010

"La vengeance du wombat" de Kenneth Cook - Editions Autrement (Littératures)


L’Australie. Terre souvent inhospitalière, infestée de bestioles en tout genre dans laquelle un écrivain mi-trouillard mi-curieux recherche l’inspiration. C’est le résumé sommaire d’un livre de 14 nouvelles où fourmillent les aventures rocambolesques d’un narrateur plus proche de Tarzoon la honte de la jungle que de Crocodile Dundee. 14 histoires finement écrites qui mettent en scène koalas, serpents, wombats, sangliers, buffles, requins s’abattant sur un écrivain englué dans des histoires à dormir debout, et contre lesquelles il n’aura pas même la force de lutter. Ciselée, au cordeau, chaque histoire déroule son implacable scénario avec un recul et une autodérision toute anglo-saxonne.

Kenneth Cook s’amuse manifestement de ses (??) déboires animaliers à la rencontre, au passage, d’Australiens bourrus et alcooliques pour qui la nature n’est qu’un vaste terrain de jeu face à l’ennui. On rit franchement de ces aventures-là, où le style à la fois précis et imagé, nous permet de ne pas perdre une miette de la descente aux enfers. On visualise les scènes, on frissonne parfois et on se sidère souvent de cette nature endormie en surface mais bien réelle lorsqu’on la côtoie de trop (trop) près. La meilleure place étant celle du lecteur, tranquille sur son fauteuil, même s’il vous prend l’envie d’aller regarder en dessous, des fois qu’une bête à poils puisse surgir… Pour votre malheur.