mercredi 12 novembre 2008

"Le cimetière des poupées" de Mazarine Pingeot - Editions Julliard

Retour à la fiction pour Mazarine Pingeot qui faisait en 2005 une halte par des souvenirs touchant de sincérité avec Bouche Cousue dont j'ai parlé ici. Avec Le cimetière des poupées, l’auteur s’attaque cette fois à la tragédie dans la lente confession d’un infanticide. Depuis sa prison, elle adresse une lettre à son mari, qu’il ne lira probablement jamais, sur les origines de son crime. Femme soumise, aimante, hors du temps, parfois tricheuse, souvent revancharde, elle décline sur un ton glacial son désespoir de ne plus exister aux yeux de tous : cette solitude de femme anesthésiée devenue transparente dans sa condition d’épouse, de mère, perdant au détour des années la volonté et l’envie… Tout concourt au repli sur soi, à sa propre haine, au monologue terrifiant qui narre la chute physique et psychologique jusqu’à l’irréparable à peine évoqué, toujours sous jacent. Parce que les responsabilités sont innombrables et donc floues, cette femme aujourd’hui sans doute haïe, livre son dernier combat à l’aune de sa vie terne pour être enfin celle qui compte. Comme un crachat à la face du monde. Troublant.

Infanticide. Votre mot, clinique, juridique, il ne m’est rien, ne décrit aucune réalité que j’ai vécue, ne concerne que vous, et mon deuil est infini quand le vôtre ne peut pas même commencer. En moi il vivra toujours, pour vous il ne vivra jamais, et c’est mon privilège, mon unique privilège, que vous ne m’enlèverez pas.

4 commentaires:

Emma a dit…

Livre inspiré de cette histoire de bébés congelés dont on a pas mal parlé ou je me trompe ?

Sujet un peu trop glauque à mon goût... Par contre je viens de lire ton billet sur Bouche cousue que j'ai très envie de lire...

DesMurmures a dit…

< Emma : non, tu ne te trompes pas.

Son précédent livre m'avait beaucoup surpris. Agréablement.

Leiloona a dit…

L'extrait donné ici montre une écriture très hachée, est-ce la même chose dans tout le livre ?

DesMurmures a dit…

< Leiloona : oui, du même style.