dimanche 25 mai 2008

"Le Manifeste" de Stéphane Osmont - Editions Grasset


Après avoir mis à mal le fric qui monte à la tête de l'univers de la finance et de la banque dans Le Capital, Stéphane Osmont traque cette fois le monde politique dans Le Manifeste. Second volet d'une trilogie dont le troisième volume, L'Idéologie, vient par ailleurs de sortir chez le même éditeur, Grasset. Cette fois, donc, l'auteur met en scène Abel Moreau, premier ministre de son état. L'homme revient de loin, lui qui depuis ses débuts n'a jamais voulu autre chose que... ne pas savoir ce qu'il voulait. D'abord juriste raté puis député suppléant par hasard, il entre dans le jeu politique mine de rien sous les quolibets des membres impitoyables d'une Assemblé nationale peu enclins à faire de cadeaux au bizut peu concerné, et souvent maladroit. Revanchard, se prenant peu à peu au jeu, Abel Moreau devient ambitieux, carnassier puis rien de moins qu'indispensable à ses nouveaux « collègues » politiques... Ministre puis enfin, le saint des saints : Premier ministre. Et paranoïaque.


En état de grâce, l'homme de rien devenu le Politique du tout, bénéficie d'une conjoncture économique idyllique. Note de synthèse sur les comptes publics (...) Rythme effréné de la croissance du PIB, surplus de recettes fiscales, recul du taux de prélèvements obligatoires, résorption des déficits et de la dette : les prodiges de la prospérité qui m'accompagnent depuis mon arrivée à Matignon ne se démentent pas. Non, Abel Moreau ne rêve pas. Dans cette économie d'abondance où le problème n'est plus tant la répartition du peu entre tous, mais le trop plein pour chacun, le Premier ministre n'a d'autre choix pour satisfaire encore plus le bien-être général que d'inventer une nouvelle société. Ce sera la Fashion Nation, une société qui devra se spécialiser dans le business de l'Art de vivre et fusionner avec... l'Italie et l'Espagne. Dans ce climat tout rose, la Politique-friction ne pouvait pas rester inerte. Car Abel Moreau a quelques problèmes à régler avec lui-même, avec la piazza Belli et le pont Garibaldi de Rome, avec son amour de jeunesse, avec ces terroristes qui lui cherchent personnellement les noises, avec un ministre de la Défense, ennemi juré, qui ne pense qu'à lui prendre sa place... Un Premier ministre qui a du pain sur la planche avec sa dose quotidienne d'insomnie et de pilules de Dexedrine.


Stéphane Osmont, énarque usant ici d'un pseudonyme, est un observateur attentif et ironique des arcanes des ministères et de la Représentation nationale. Il s'amuse (et nous aussi) à marquer au fer rouge les travers, les inepties, les errements, les chausse-trappes, les délires, les rêves de grandeur des gens arrivés au sommet de leurs ambitions. Ces pétages de plomb en série n'ont de cesse de nous renvoyer à l'absurdité d'un Pouvoir laissé aux professionnels du Pouvoir qui ne conçoivent sans doute pas de vivre sans... Le Manifeste est une plongé en absurdie qui a le mérite de remettre les idées en place et de recadrer la Politique à hauteur d'Homme. L'humanité en moins. C'est grave, docteur.

3 commentaires:

Georges F. a dit…

Votre blog est rarement mis en lien sur les autres, on passe donc aisément à côté, et c'est dommage : j'en apprécie le ton. Et je reviendrai. En attendant, je vais faire ce que je peux pour vous envoyer quelques visiteurs.

DesMurmures a dit…

< Georges : ah beh merci boukou, j'ai le rêve secret de devenir une star interplanétaire de la blogosphère.

fashion a dit…

J'ai lu le troisième (j'ai oublié le titre, pff, c'est ça la vieillerie), et je n'ai pas du tout aimé... (oui, ce commentaire est peu constructif, mais je participe à "Faisons de LVE un blog intergalactiquement connu" :))))