lundi 25 février 2008

"No country for old men" : en texte, en images... Oscar, oblige...


Par DesMurmures

J’ai toujours préféré lire d’abord un roman et enchaîner ensuite par son adaptation cinématographique. Pas l’inverse. No country for old men (Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme) écrit par Cormac McCarthy et adapté au cinéma par les frères Coen n’a donc pas échappé à la règle. Mais différence majeure, c’est la première fois que je lisais McCarthy alors que j’ai vu tous les films des frères Coen. Alors, objectif or not objectif ? That is ze subjectivité…

Moss est un gars simple. Il chasse au fusil dans le désert du Texas, tombe sur les victimes d’un carnage et s’approprie indûment les deux millions de dollars d’une mallette restée là, appartenant à des trafiquants de drogue. A peine le temps de ramener tout ça chez lui et d’éventuellement penser profiter de ce pactole inespéré, qu’une volée d’intrus a décidé que cet argent ne serait pas à lui : un tueur azimuté, trimballant une bouteille d’oxygène en guise d’arme redoutable, prêt à toutes les horreurs pour le récupérer et un vieux sheriff (Tommy Lee Jones) qui n’a que la volonté de sauver Moss du rôle du renard d’une chasse à courre sordide dans laquelle il s’est enferré.

Les frères Coen ont l’habitude de la descente aux enfers (Blood Simple, Fargo) et ils malmènent le plus souvent leurs personnages avec maestria et pas mal d’humour noir. Ils ne pouvaient que se passionner pour les futurs ennuis de Moss. Ici, l’humour noir est au compte goutte et essentiellement centré sur le tueur psychopathe hallucinant (magistralement interprété par Javier Bardem) à la coupe de cheveux improbable, mélange de Beatles sur le retour et d’une Mireille Mathieu à l’encéphalogramme plat.

Et c’est un apport majeur des frères Coen en comparaison avec le livre… L’univers des cinéastes malgré tout présent, quoi qu’il en coûte, par rapport à un ouvrage qui se pose le plus souvent du côté du vieux flic en délicatesse avec ses souvenirs, et son présent d’homme dépassé par le brutalité guerrière d’une société en pleine mutation. Largué, il n’aura de cesse de faire (beaucoup trop) parler les pages du livre de McCarthy qui voit-là le moyen le plus adéquat pour son message de fin non pas du monde, mais d’un monde. Joel et Ethan Coen ont décidé pour leur part de ne pas trop porter ce fardeau, ils s’arrogent la simplicité, le cinglant et les langueurs avec une mise en scène à la fois fluide et nerveuse. Le mouvement puis le(s) silence(s) dans une tragédie où s’imbriquent l’injuste et la rédemption, le simili vertueux et la comédie de l’infâme. Trahir un livre pour l’adapter à un autre format ne m’a jamais véritablement traumatisé, je crois même que le malmener ne peut être que bénéfique… Et No country for old men en est un vivant exemple. Enfin, quand il reste des survivants…


Par Betty Poulpe

Faut avoir l'estomac bien accroché et les yeux grands ouverts face à No country for old men... Enième variation autour d'un bon, d'une brute et d'un truand, rien de neuf sous le soleil et la sierra torride du Texas ? Oooh que si. Le film, comme le livre éponyme dont il est tiré, n'est ni un polar ni un western ni un film de genre, c'est tout ça à la fois. En mieux. C'est l'expression précise du moment où le commun des (très) mortels sent que la société bascule. Non, a basculé, serait plus juste. Tommy Lee Jones incarne donc un vieux sheriff à qui vient la révélation et dont franchement il ne sait que faire. No country for old men est violent, par le sang qui gicle mais surtout par cette "nouvelle" (pas tant que ça finalement, semble dire le vieux Ellis aux 40 chats) forme de violence, froide, à l'image de Chigurgh (Javier Bardem, brillant) qui ne soucie pas plus de ses victimes que de ses cheveux. Tommy Lee Jones est empêtré dans ses souvenirs (noyé chez Mac Carthy) et n'arrive pas à faire face.

Et dans le livre et dans le film, il y a un rythme hypnotique tantôt lent tantôt d'une fulgurance incroyable mais sans heurts comme s'il était naturel de passer de l'un à l'autre. Si par son écriture, Mac Carthy nous livre toute l'aridité des paysages, elle est bien pâle face à la force de l'image des Coen, à leur cadrage si minutieux, à une photo extraordinaire. Et ces couleurs... Mais surtout, le film dépasse de loin le livre dont il est non pas simplement une adaptation très fidèle mais une sublimation. Rien de moins. Il m'aura fallu une bonne cinquantaine de pages pour entrer dans l'univers de Mac Carthy au style... unique avec ses phrases dont la ponctuation met au défi la compréhension, des dialogues où les locuteurs sont connus à peine avant qu'ils ne se quittent et des situations apparemment déstructurées qui reviennent successivement (les monologues de Bell par exemple). Ajoutez une intrigue qui passe au second plan, voire finie aux oubliettes, des lenteurs vraiment très ... lentes, lire le roman de Mac Carthy se mérite. Les frères ont gommé tout ça. C'est dommage ? A chacun de voir, pour moi, c'est tant mieux.


Le site (l’auteur) : http://www.cormacmccarthy.com/
Le site (le film) : http://www.nocountryforoldmen-themovie.com/

5 commentaires:

Karine a dit…

Je crois donc que je verrai simplement le film sans lire le livre (ce que je fais rarement...). Je n'ai pas le goût pour des longueurs ces temps-ci!

amanda a dit…

J'ai le livre ds ma PAl et compte bien voir le film... à ton avis, il est impératif de lire le livre avant ou pas ? (en général je préfère)

LVE a dit…

< Karine : "pas le goût pour les longueurs"... hum... Si j'étais taquin...
< Amanda : comme je le dis au début du post, comme toi, je préfère largement lire le livre avant d'en voir l'adaptation cinématographique... Mais comme le dit également Betty Poulpe dans sa chronique, le livre peut également être dispensable, et on peut se régaler par la seule vision du film formidable réalisé par les frangins Coen. Bref, c'est comme tu le sens (j'dois vraiment t'aider, là, c'est sûr)...

Karine a dit…

Bon... je viens de me relire et je suis morte de rire!!! J'avoue que ça fait bizarre!!! Mais comme je suis la pureté incarnée... jaaaaaaamais je n'oserais penser à de telles choses!!! *tousse* :)

Arthur Wneir a dit…

Ajoutons au livre et au film, la parodie : http://labaf.blogspot.com/2008/05/no-country-for-small-men.html

bon ç'est 100 fois moins bien !